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CHAPITRE 5

LES ENFANTS MORTS SANS BAPTÊME

[1]

"Je me suis présentée devant les anges et les saints et je leur ai dit je suis la plus petite des créatures , je connais ma misère et ma faiblesse mais je sais aussi combien les coeurs généreux aiment à faire le bien , je vous supplie donc ô bienheureux habitants du ciel , je vous supplie de M'ADOPTER  pour enfant a vous sera la gloire que vous me ferez acquérir mais daignez exaucer ma prière elle est téméraire je le sais cependant j'ose vous demander de m'obtenir votre DOUBLE AMOUR  et quand tu sais que dans cette page plus haut il y a sa phrase célèbre dans le coeur de l'Église ma mère je serai l'amour ...ainsi je serai tout." (Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, Histoire d'une âme).

 

L’existence des limbes des enfants fait partie de la foi de l’Église, mais pas leur éternité

Que deviennent les enfants morts sans baptême?

 

L’existence des limbes des enfants fait partie de la foi de l’Église, mais pas leur éternité

(Chose certaine)

Durant des siècles, suite à l’opinion de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin précédemment citée, les catholiques crurent que les enfants morts sans baptême[2] n’allaient jamais au paradis. Cette doctrine n’a jamais été enseignée par l’Église. Le dogme sans cesse enseigné ne va pas si loin. Il est résumé par cette phrase du Concile de Florence[3]: «Les âmes de ceux qui meurent en état de péché originel descendent aussitôt en enfer pour y être punies de peines inégales ». Le pape Pie VI[4] précise que cet enfer, communément appelé « limbes des enfants » n’a rien à voir avec l’enfer des damnés. Les enfants n’ont aucune haine pour Dieu[5]. Ils n’ont pas de faute personnelle. Il implique une séparation de Dieu (le dam) mais aucune souffrance (pas de peine du feu) car ces enfants sont innocents. Rien d’autre n’a jamais été précisé.

 

Le raisonnement de saint Thomas est le suivant: un petit enfant, tout innocent soit-il, est séparé de Dieu en conséquence du choix d’Adam et Ève, choix lucide fait en notre nom et que Dieu respecte. Il n’est coupable d’aucune faute personnelle. Mais, lorsqu’il est conçu, il ne possède pas dans son cœur la présence aimante de la Trinité. Elle ne vient pas habiter en lui familièrement et lui ne peut répondre par son amour d’enfant. Les premiers parents de l’humanité, Adam et Ève sont, d’après la foi catholique un vrai homme et une vraie femme, pas un couple symbolique. Voici les quelques points les concernant qui font partie de la foi catholique:

1. C’est Dieu lui-même qui a créé l’homme et la femme et leur a insufflé une âme spirituelle et immortelle;

2. Les noms d’Adam et Ève, malgré le sens symbolique, désignent un homme et une femme réels, nos premiers parents.

3. Adam et Ève furent créés parfaits: à cause de leur place de premiers parents de tous les hommes, Dieu leur communiqua des dons naturels et des dons préternaturels. Ils reçurent aussi la grâce surnaturelle qui les rendit tout proches de Dieu. Cette grâce s’appelle la grâce originelle.

4. Le démon s’approcha d’eux et les séduisit. Ils se révoltèrent contre Dieu et perdirent en conséquence la grâce originelle et les dons préternaturels qui l’accompagnaient.

5. Etant responsables de l’humanité aux yeux de Dieu, ils séparèrent de Dieu par leur péché toutes les générations qui devaient naître d’eux. C’est le péché originel.

Le pape Paul VI, dans le Credo qu’il donna à l’Église en 1968 écrit ceci: «Nous croyons qu’en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n’est pas celui où elle se trouvait d’abord en nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice et où l’homme ne connaissait ni le mal ni la mort. C’est la nature humaine ainsi tombée, dépouillée de la grâce qui la revêtait, blessée dans ses propres forces naturelles et soumises à l’empire de la mort, qui est transmise à tous les hommes et c’est en ce sens que chaque homme naît dans le péché ». L’Église, à la suite de saint Paul enseigne une vérité beaucoup plus difficile à croire: «Adam et Ève en choisissant d’être libres par rapport à Dieu, en se séparant de lui, se sont engagés POUR NOUS ». Ils nous ont entraînés avec eux, en toute connaissance de cause. Saint Paul l’exprime ainsi « Par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé en tous les hommes du fait que tous ont péché ». Ceci fut permis par Dieu car il savait en faire sortir un plus grand bien pour l’humanité entière. De nos jours, la vie terrestre et sa souffrance, venu du choix d’Adam et Ève, permettent une sainteté plus grande que ce qu’elle aurait été sans le péché originel.

 

Les enfants sont donc tous conçus séparés de la présence de Dieu. Mais, au moindre désir de ses parents, le choix d’Adam et Ève est annulé et, avant même que l’enfant soit né, l’Esprit vient et habite dans son cœur. Nous ne voyons que très rarement un effet extérieur de ce mystère mais il est une réalité. D’habitude, cette habitation est réalisée par le baptême d’eau juste après la naissance. Mais si l’enfant vient à mourir avant, un simple désir des parents, exprimé dans leur prière suffit. Aussitôt, Dieu les écoute et vient supprimer en eux la faute originelle. C’est une forme de baptême de désir[6]. L’Église en profite pour rappeler la responsabilité des parents. Même s’ils perdent leur enfant, il est de leur devoir de demander pour eux le baptême car l’Esprit Saint ne vient dans les enfants qu’en obéissant au désir des parents.

Selon saint Thomas d’Aquin, si un enfant a été abandonné complètement par ses parents au point que ceux-ci n’ont pas prié pour lui, il entre dans l’autre monde éloigné de Dieu. Il est séparé de lui pour l’éternité puisque, c’est un dogme, tout être mort sans cette grâce est damné pour l’éternité. Certes, il n’est pas coupable. Aussi ne souffre-t-il pas de l’absence de Dieu. Il reste simplement ainsi, sans même désirer Dieu tant il est petit, dans un bonheur naturel appelé les limbes.

Cette doctrine est logique. Le raisonnement est parfait. Il ne lui manque qu’un élément: Dieu est amour et, c’est aussi un dogme, il propose à tous son amour. Le concile de Quierzy, le confirme solennellement: “Dieu tout-puissant veut que tous les hommes sans exception soient sauvés, bien que tous ne soient pas sauvés. Que certains se sauvent, c’est le don de celui qui sauve; que certains se perdent, c’est le salaire de ceux qui se perdent.” Or les enfants ne méritent pas ce salaire. Ils n’ont aucunement rejeté Dieu. Ils ignorent simplement son mystère.

C’est pourquoi il faut parler autrement. En s’appuyant sur la foi de l’Église, il est possible de décrire ce que vivent les enfants morts sans baptême. Il est impossible qu’ils soient laissés aux limbes pour l’éternité. Récemment, le Catéchisme de l’Église Catholique est venu donné une confirmation inespérée de cette opinion : « Les paroles de Jésus dans les évangiles nous permettent d’espérer qu’il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême. D’autant plus pressant est aussi l’appel de l’Église à ne pas empêcher les petits enfants de venir au Christ par le don du saint Baptême. »[7]

 

Que deviennent les enfants morts sans baptême?

(Cette recherche sur la manière dont les enfants entrent au paradis est indécise. Au lecteur d’en juger)

 « Je suis un garçon. Maman m’a conçu. Six semaines plus tard, elle a décidé de ne pas me garder. Mon père l’avait abandonnée. Elle a pensé qu’il valait mieux que je n’existe pas. Je dormais. Je ne me suis rendu compte de rien. J’ai su mon histoire après. Je me suis réveillé alors que je n’étais plus dans son ventre. J’étais déjà loin de la clinique. Je planais au dessus de ce monde. Des personnes lumineuses m’entouraient. Elles m’ont dit qu’elles m’adoptaient. Elles ont demandé à Dieu de venir. Aussitôt, j’ai senti une douce présence en moi. »

 

L’âme des enfants est créée par Dieu à la conception

Si l’Église catholique par la voix de Pierre s’oppose avec tant de force à l’avortement, c’est qu’elle croit de toutes ses forces que cet être qu’on fait disparaître, bien que doté en apparence d’une seule vie biologique, a déjà certainement reçu son âme spirituelle. Cette âme, siège de l’intelligence et de l’amour, n’est autre que ce qui survit à la mort. Son existence ne peut être mise en doute au plan de la révélation.

Un doute subsiste cependant dans l’enseignement de l’Église: quand cette âme créée par Dieu est-elle donnée à l’enfant? Au XIIème siècle, saint Thomas d’Aquin penchait pour le sixième mois après la conception. N’était-ce pas le moment où Jean-Baptiste, visité par Marie, avait tressailli dans le ventre de sa mère? S’il en était ainsi, l’avortement jusqu’au sixième mois ne serait pas «un crime abominable». Il ne serait pas un crime au sens strict, un homicide, mais un simple péché contre la vie à venir et non encore venue. Saint Thomas n’avait pas à son époque tous les instruments de la foi dont nous disposons aujourd’hui.

Pourtant, il est étonnant de voir qu'il n'ait pas vu ceci: Marie reçoit l'annonce de l'ange. Elle dit "qu'il me soit fait selon ta parole." Le lendemain sans doute, elle se rend chez Elisabeth et, lorsqu'elle la rencontre, il se produit une osmose, d'âme à âme, entre son enfant (Jésus) et l'enfant d'Elisabeth (Jean): "Mon fils a tressailli dans mon sein", témoigne Elisabeth. Tout ceci fait plus qu'indiquer, au plan théologique, une très rapide animation de l'enfant Jésus, donc de nous-même car le Verbe suit en tout la nature humaine quand elle n'est pas liée au péché...

Autre signe concordant: En 1854, le pape Pie IX proclamait comme une certitude venant d’en haut l’Immaculée conception de la Vierge Marie. Cette révélation semble être sans rapport avec l’avortement. Il n’en est rien. Le fait que Marie soit immaculée dans sa conception signifie qu’elle vivait, dès sa conception, de la présence de Dieu, de la même manière qu’Ève en vivait au jardin d’Eden. Si Dieu était là, c’est donc que Marie le recevait dans son âme. Le fait, d’autre part, que la conception de Marie soit fêtée le 8 décembre, soit neuf mois avant sa naissance, ne laisse aucun doute sur ce qu’il faut entendre par conception. Marie est de la race humaine, comme tout enfant à naître. Tout indique donc que, pour elle comme pour eux, âme est donnée par Dieu dès le moment de la conception.

 

Des limbes à la Vision béatifique

 

Que deviennent ces enfants? Sainte Thérèse de Lisieux disait avec raison: «Un petit enfant, cela ne se damne pas». Elle montrait que l’hypothèse des limbes éternels émise par saint Augustin se méprend sur Dieu. Dieu n’a pas besoin qu’un enfant soit baptisé avec de l’eau pour lui donner le baptême de sa présence.

Pour être introduit dans le salut ou au contraire le rejeter, trois conditions sont nécessaires.

1. Posséder la capacité naturelle (intelligence et volonté acives) de se porter vers lui lorsqu’il est proposé.

2. Se voir proposer cette grâce par la prédication de l’Évangile et le don du Saint Esprit.

3. Répondre concrètement oui à cette grâce et se porte vers Dieu et vers son prochain dans un acte de charité.

Les innocents sont d’abord adoptés par deux parents du Ciel. Puis ils sont baptisés.

(Chose indécise. Au lecteur de juger)

Lorsqu’un enfant meurt et est abandonné par ses parents ou par l’Église de la terre, il est aussitôt adopté par des volontaires de l’Église du Ciel. Il est vrai que Dieu ne donne jamais la grâce du baptême sans que les parents ne le demandent. Fort heureusement, des millions d’hommes et d’anges voient cet enfant qui glisse entre les deux mondes. Il s’agit du temps des « limbes ». Il dort et ressemble à l’enfant Moïse flottant sur le Nil dans sa corbeille d’osier. Son histoire devient alors en tous points semblable à celle de l’enfant Moïse[8]: «La fille de Pharaon descendit au Fleuve pour s’y baigner, tandis que ses servantes se promenaient sur la rive du Fleuve. Elle aperçut la corbeille parmi les roseaux et envoya sa servante la prendre. Elle l’ouvrit et vit l’enfant: c’était un garçon qui pleurait. Touchée de compassion pour lui, elle dit: «C’est un des petits Hébreux.» De même, cet enfant est recueilli. Le péché originel est effacé en lui. Dieu habite son âme.

La grâce de la présence de Dieu se distingue de la gloire par la propriété suivante: Elle peut exister, sans qu’il soit exigé un acte libre. Elle se comporte à la manière de l’amour non volontaire que peut éprouver un homme pour une femme parce que cela s’impose à lui. Au contraire, nul n’entre dans la gloire sans un acte libre, de même qu’il est impossible de se marier validement par surprise.

Il en est de même pour les petits enfants morts sans baptême. Après leur adoption, sur la demande de leurs nouveaux parents, ils sont lavés du péché originel et reçoivent de manière réelle la grâce de la présence de Dieu. Ils sont sanctifiés de manière passive, sans volonté ni mérite de leur part, grâce au désir de leurs nouveaux parents. Dieu ne proposera que dans un second temps aux enfants la béatitude de la vision de son essence, dès que l’obstacle lié à leur personne, c’est-à-dire leur incapacité à choisir, disparaît.

Qui adopte les enfants? Les saints du Ciel sont tous volontaires. Pourtant, un père et une mère sont désignés, ainsi qu’un ange gardien. L’enfant reste un petit d’homme et sa nature exige qu’il soit élevé par un homme et une femme, par deux amours qui s’harmonisent à la façon du Yin et du Yang des taoïstes. Il s’agit de l’amour « douceur » et l’amour « autorité ». Les parents adoptifs ne sont pas nécessairement de manière immédiate par Jésus et Marie. Ils le sont de manière première, profonde et spirituelle. Mais, comme sur terre, ils délèguent ce rôle. Dans la Communion des saints, où règne la plus grande délicatesse, des personnes qui n’ont pu avoir d’enfants sur terre sont probablement mis en avant. Chacun au Ciel se presse pour adopter l’enfant qui arrive et la prière de milliers de pères et de mères du Ciel provoque probablement la venue de l’Esprit Saint en lui. Ainsi, s’il existe des millions d’enfants qui meurent sans le baptême sacramentel, on n’en a jamais vu un seul mourir sans le baptême de l’Esprit Saint.

La durée des limbes des enfants n’a jamais été définie par le Magistère ordinaire ou solennel de l’Église. Il est probable que les enfants morts sans baptême ne demeurent pas plus d’un instant séparés de la présence de Dieu. Dès leur passage dans l’autre monde, ils sont accueillis et baptisés par les habitants du ciel. Ils rejoignent alors les enfants déjà baptisés par leurs parents dans un lieu provisoire dont la finalité est de permettre, à travers une éducation, une croissance suffisante de leur psychisme puis de leur esprit.

On peut donc interpréter les imprécisions de ces textes du Magistère de la manière suivante. Les enfants non baptisés sont dans des limbes, privés de toute présence de Dieu le temps qu’ils soient adoptés, soit un instant. Tous les enfants, quel que soit le mode de leur baptême, sont alors conduits dans un lieu provisoire tout à fait comparable au «sein d’Abraham » dont parlaient les anciens juifs[9].

Il ne s’agit pas encore de l’au-delà. Mais il y règne la grâce de la présence de Dieu, symbolisée par «l’eau » dont vivait le pauvre Lazare[10]. Il s’agit bien d’un enfer au sens étymologique de « lieu inférieur » puisqu’ils ne voient pas encore Dieu face à face. Les enfants lui sont unis par tous les biens qu’ils tiennent de lui. Ils voient Jésus et Marie accompagnés des saints et des anges[11]. Il s’agit bien d’une vision de leurs sens puisqu’ils possèdent leur psychisme. En même temps, la Parousie du Christ leur révèle la nature de leur être, l’Évangile, le mystère de la charité et la gloire qui leur est proposée. Il s’agit d’une prédication de l’Évangile qui, dans un premier temps, éclaire leur intelligence sans que leur choix libre puisse s’y porter. Ils se familiarisent avec cette révélation. Le démon est présent de droit, puisqu’il se doit de donner ses propositions d’orgueil. De plus, ils reçoivent de Dieu des biens surnaturels comme la grâce intime et mystique de sa présence, puis, dès qu’ils en sont capables, la charité active.

Ainsi, les enfants sont dans la joie et dans l’absence de la souffrance du feu. Ils vivent cependant du feu en tant qu’il est un désir puisque leur esprit ne se repose pas dans la fin pour laquelle il a été créé. Dès que l’obstacle provisoire de leur nature, à savoir leur incapacité naturelle à choisir, disparaît, ils sont introduits dans la pleine vision[12].

 

Une forte objection peut être apportée à ce récit. S’il en est ainsi, quelle différence y a-t-il entre les enfants baptisés sur terre par leurs parents et ceux qui ne le sont pas? Dans ce récit, on ne comprendrait plus la raison de l’insistance de l’Église sur le devoir des parents de présenter le plus tôt possible leurs enfants au baptême[13].

Les enfants baptisés avant leur mort reçoivent dès cet instant le pardon du péché originel qui les tenait séparés de la présence attirante de Dieu. Les enfants morts sans baptême reçoivent la même grâce un peu plus tard par la volonté des parents du Ciel, Jésus et Marie, l’Église des saints tout entière. Mais leurs parents charnels sont privés, à cause de leur ignorance ou de leur insouciance, d’une grande grâce: celle de leur autorité parentale. Ils sont déchus de leurs droits et l’enfant est adopté par deux autres personnes qui seront auprès d’eux, pour l’éternité, leur père et leur mère. Il ne suffit pas en effet pour être parents de donner physiquement la vie. Encore faut-il se montrer digne au plan de l’éducation.

Dieu donne aux innocents la capacité de poser un acte libre

 

Nul ne peut rentrer dans la grâce et dans la gloire ou même être conduit en enfer sans un choix pleinement libre de son intelligence. Il existe nécessairement avant l’entrée dans le paradis, une forme d’éducation de la psychologie et de l’esprit. Les enfants commencent à recevoir des connaissances qui remplacent ce que l’éducation et l’enseignement auraient dus accomplir durant la vie terrestre.

Il s’agit de savoir comment se réalise ce développement. Il est aisé de constater qu’au départ, l’esprit sommeille et n’est capable d’aucun exercice libre. La raison en est l’absence de développement du psychisme.

Normalement, sur la terre, ce n’est que provisoirement au cours de son enfance, en passant par des étapes de progrès que l’enfant peut poser son premier acte libre. Auparavant, il aura appris à se servir de sa vie sensible, il touchera puis entendra, avant de s’éveiller à quelques désirs. Il est naturel à l’esprit humain de s’éveiller par ce genre de cheminement progressif.

A la mort, le psychisme survivre à la mort du cerveau[14]. Cela ne signifie pas qu’il est entré dans la plénitude de son développement. Mais, en s’appuyant sur l’esprit qui le fait subsister, il est doté d’un nouveau mode d’exercice plus léger et efficace. Confronté à la présence glorifiée du corps psychique des saints et du corps que les anges se façonnent à destination de l’enfant, le psychisme se développe, puis l’intelligence et la volonté. Ils sont rendus très vite capables d’un choix libre. Les enfants grandissent donc dans l’autre monde, en sagesse et en intelligence. Dès que les progrès sont réalisés, baignés de la grâce, les enfants posent le choix de leur liberté vers Dieu ou contre Dieu[15].

Certains ont dit que l’éducation pouvait être réalisée en une seule fois, tant la beauté de la gloire des saints du Ciel a un pouvoir d’éveil sur les sens et l’esprit[16]. Ce n’est pas exclus quoique peu probable à cause du devenir et des étapes qui semblent plus convenables à la nature humaine.

Les petits enfants[17] choisissent tous le paradis

 

Comment les petits enfants accèdent-ils à la vision béatifique? Exactement de la même manière que nous. Ils y entrent à travers un choix libre. Dieu agit pour eux dans ce but. Puisqu’il manque aux enfants trois choses, à savoir la capacité de choisir (ils sont trop petits), la proposition de choisir Dieu (ils n’ont pas le baptême), et le choix effectif (la charité comme amour réciproque et actif) il leur fait les deux premiers dons en une fois, en vue du troisième qui est l’acte méritoire de la vision béatifique.

A un moment que Dieu connaît, ils deviennent, à cause de la Lumière qui vient de Dieu, capables de choisir le bien ou le mal. Le démon est présent mais impuissant. Il présente la liberté de l’enfer. Le choix de l’enfant ne doit-il pas être parfaitement libre? Sa tentative est sans effet. Il n’y a pas d’orgueil ni de recherche de pouvoir dans le cœur d’un nourrisson.

Ils se portent tout naturellement là où les conduit leur cœur à savoir vers le bien et la lumière. Dès cet instant, ils sont introduits dans la vision de Dieu. Dès le premier instant de capacité à poser un acte libre, à cause de leur état séparé du corps charnel, ils se portent tout entiers et sans erreur vers l’objet de leur choix, sans qu’une nouvelle croissance soit possible. Aucun délai ne leur est donc imposé. Ils voient Dieu face à face.

 

Les enfants choisissent-ils tous le paradis? Certains ne sont-ils pas tentés par l’orgueil? Ils reçoivent à travers l’éducation du ciel une perfection naturelle et une harmonie psychologique plus grande que les enfants éduqués sur terre. Il leur est donc davantage possible de s’enorgueillir de leur beauté et de se tourner vers la liberté de l’enfer. Donc certains innocents, ne l’étant plus, seront damnés.

Il est probable que tous les enfants seront introduits dans la gloire à cause du peu de propension qu’ils ont à s’enorgueillir des dons reçus de Dieu. C’est ce que veut signifier la fête des saints Innocents qui sont ces enfants tués par Hérode dans la ville de Bethléem. De même le pape Innocent IV écrit à propos des enfants morts après le bain du baptême[18]: «Ils ne sont retenus par aucun obstacle et passent immédiatement à la patrie éternelle.»

Le démon est présent de droit, puisqu’il se doit de susurrer ses propositions d’orgueil. Tentative ridicule s’il en est car, affirme la petite Thérèse, “ un petit enfant, ça ne se damne pas![19]”. La présence du démon a peu d’effet sur les enfants pour trois raisons: La première leur vient de leur nature. Parmi les créatures spirituelles, ils restent les plus faibles en intelligence et en volonté naturelle. Ils constatent leur petitesse avec évidence en se comparant aux êtres spirituels qui les entourent. Ils ont peu de motifs d’orgueil. La seconde vient de la présence autour d’eux des âmes glorifiées et des anges qui rayonnent de paix et de joie. Ils correspondent avec harmonie à leur cœur, c’est-à-dire à l’orientation innée de leur volonté. Ils les suivent tout naturellement. La troisième leur vient du démon lui-même dont le motif de révolte leur paraît, dans leur simplicité, peu attirant. Réclamer à Dieu une hiérarchie des êtres fondée sur l’intelligence et la puissance naturelle leur paraît moins bien que celle de l’humilité et de l’amour. De tout cela, on peut dire qu’il n’y a pas d’innocent qui choisisse l’enfer.

Comme on l’a vu, le seul péché qui conduit à la damnation éternelle sans que le pardon en soit possible est le blasphème contre l’Esprit Saint. Un tel péché vient d’un amour de soi et de sa propre excellence poussés jusqu’au mépris de Dieu. Il est peu probable qu’ils puissent exister chez un petit enfant. En effet, leur imperfection naturelle les rend peu enclin à l’orgueil. Cependant, on doit admettre que, du point de vue théorique, la possibilité d’un choix conduisant en enfer existe sans quoi il n’y aurait pas de choix possible.

Leur choix d’un nourrisson est donc vite fait et ils glissent comme des anges dans la vision de Dieu auquel ils sont semblables.

Le fait de n’avoir pas vécu la vie terrestre est pour eux une perte

 

Tout homme, quel qu’il soit (même un embryon), entre dans le royaume de Dieu à la mesure précise de son désir de Dieu. Plus le cœur de l’homme aime Dieu et désire le voir, plus il le voit. Si la vie terrestre est voulue par Dieu, c’est qu’elle est utile. Il existe une voie dont l’utilité est de creuser le désir du cœur de l’homme, c’est celle de la vie terrestre.

La vie terrestre est faite pour les enfants. Nul n’a le droit de la leur refuser car elle est un cheminement de maturité dans l’humilité et l’amour.

La vie terrestre est donc utile. Elle est difficile, source de beaucoup de souffrances mais surtout, à cause de ces souffrances, source de soif d’aimer et d’être aimé. Par l’absence de Dieu, par son silence, par les diverses épreuves qui l’émaillent, le cœur de l’homme s’approfondit. La vie est ainsi faite qu’il est difficile d’en sortir sans une conscience profonde de sa petitesse. La mort se charge de le rappeler. De plus, l’apparition du Christ à l’heure de la mort, après un si long temps d’exil enflamme le désir de voir Dieu de manière incroyable.

Quant au petit enfant mort avant d’avoir vécu, lorsqu’il est accueilli par le monde des saints, il ne le rejette certes pas. Mais il s’y porte avec un petit désir d’innocent, avec un cœur qui n’a pas eu le temps être préparé. Son éternité s’en trouve directement modifiée. Il reste pour toujours, en un certain sens un handicapé du cœur. Mort sans avoir vécu, il parvient certes quasi infailliblement au Ciel. Mais son désir de Dieu n’ayant pas été approfondi par les diverses souffrances et manques d’ici-bas, il est éternellement comme sous-développés du point de vue du désir et, en conséquence, de la vision de Dieu. Il n’est pourtant pas réellement défavorisé pour l’éternité[20]. C’est ce qu’expliquait la sœur de Thérèse Martin, devenue plus tard sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. « Un dé à coudre et un vase sont remplis d’eau. Lequel des deux est le plus plein ? Aucun. Tous deux sont parfaitement pleins. Il en est de même au Ciel. Tous les cœurs sont comblés à proportion de leur désir. »

Dans cette perspective, on comprend que pour le Magistère, l’avortement quel qu’il soit, même celui de la pilule du lendemain, prend une dimension vertigineuse. Ce n’est pas qu’un morceau de chair qui disparaît mais un véritable être humain qui dormait encore, un petit enfant. Il n’y a aucune différence de fait entre les saints Innocents de l’évangile (tués par Hérode) et ces enfants-là. Et même si les mères qui pratiquent cet acte ne savent pas ce qu’il advient de l’enfant, de fait, il s’agit pour l’Église d’un homicide. Il n’y a pas de péché chez la mère si elle ignore ce qu’elle fait[21], mais il va de la mise à mort d’un homme. Lorsque les hommes de ce siècle passeront dans l’autre monde, ils seront accueillis par les centaines de millions d’enfants avortés. Le pardon nous sera proposé. Mais nous pardonnerons-nous à nous-mêmes?


 

NOTES

[1] J’ai essayé d’imaginer, du mieux que je pouvais, la manière dont les enfants et les handicapés profonds entraient dans la gloire. Trois choses seulement sont certaines: 1. Il ne peut y avoir de limbes éternels, puisque le salut est proposé à tout homme (dogme catholique); 2. Les enfants entrent en Dieu librement, comme tout homme. Ils ne le font donc pas « automatiquement », par leur baptême d’eau ou d’esprit (d’humilité et d’amour). 3. Lorsqu’ils sont morts, ils étaient encore incapables de choisir. Ils ont donc appris la liberté. Mais la manière dont s’est fait cet apprentissage n’engage que moi. J’ai essayé d’être logique. J’ai opté pour un temps réel d’école du Ciel. Peut-être n’y a-t-il qu’une seconde d’apprentissage, si la force de l’apparition du Christ est suffisante à tout faire d’un coup ?

[2] Ainsi que les handicapés profonds qui restent à vie des enfants. Ces deux points sont une certitude. Le reste n’engage que moi. Peut-être n’y a-t-il aucun délai d’apprentissage ? La simple apparition glorieuse du Ciel a peut-être, à elle seule, le pouvoir de les rendre capables de choix.

[3] 26 février 1439 - août 1445, 17ème Concile œcuménique.

[4] Dans sa constitution « Auctorem Fidei », 28 août 1794.

[5] Voir la bulle « Ex omnibus afflictionibus », Pie V, n°49, 7 janvier 1572.

[6] Cathéchisme de l’Église Catholique, 1258 : « Depuis toujours, l’Église garde la ferme conviction que ceux qui subissent la mort en raison de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang, comme le désir du Baptême, porte les fruits du Baptême, sans être sacrement. »

[7] Voir C.D.C. n°1261

[8] Exode 2, 5.

[9] Luc 16, 22.

[10] Jean 16, 24.

[11] Cette description simple du salut des enfants ne manque pas de fondements expérimentaux. Nombres de mères peuvent témoigner, suite à une grave maladie survenue à un enfant, que celui-ci se disait visité par des anges. La petite voyante de la Salette se souvient qu’au cours de son enfance malheureuse, elle était souvent visitée par un ange qui l’éduquait.

[12] La bienheureuse Anne-Catherine Emmerich, une célèbre stigmatisée du XIXème siècle, eut la vision de l’état des âmes des saints Innocents : « Mon guide m’a menée à un endroit où j’ai pu voir le meurtre des saints Innocents et la grande magnificence avec laquelle Dieu récompensa ces victimes d’un âge si tendre, quoiqu’elles n’eussent pu coopérer activement à la confession du saint nom de Jésus. J’admirais l’immensité de leur récompense, et je me demandais ce que je pourrais espérer, moi qui, depuis si longtemps déjà, avais eu à souffrir pour l’amour de mon sauveur. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1923, Tome I, p. 502).

[13] Le fait que le ministre extraordinaire du sacrement peut être, en cas de nécessité, un laïc et même un non baptisé montre suffisamment la nécessité du baptême.

[14] Voir les expériences de mort approchée.

[15] Certains chrétiens pensent que la meilleure solution pour développer un esprit enfant semble être de lui permettre de se réincarner dans un autre corps. Il pourrait alors, à travers une vie terrestre normale, se développer et accéder à la capacité du choix. La réincarnation n’est pas possible. L’être humain n’est pas une énergie indifférente au corps qui la reçoit mais un être substantiellement réalisé autours de trois degrés de vie: physique, psychique et spirituel. L’âme qui unifie ces facultés est faite pour son propre corps, pas pour un autre. Elle est source de l’être d’une personne unique et éternelle. La croyance en la réincarnation est le fait de civilisations qui ne croient pas en l’existence des personnes mais de l’Univers comme énergie universelle (panthéismes hindou et bouddhiste.) C’est pourquoi l’Église croit au purgatoire des personnes et non en la réincarnation des énergies.

[16] Rien n’empêche que Dieu, de manière semblable à ce qu’il fit pour les anges à l’heure de leur création, infuse dans leur intelligence les espèces intelligibles nécessaires pour qu’ils aient une connaissance naturelle suffisante d’eux-mêmes, de l’univers et de leur Créateur.

[17] Je parle ici des innocents, pas des enfants morts avec une capacité de choix. A Lourdes, Bernadette demanda à la Vierge si telle de ses amies décédée était sauvée. Elle répondit: «elle est au purgatoire jusqu’à la fin du monde ».

[18] Lettre d’Innocent IV à l’évêque de Tusculum (06-03-1224).

[19] J’entre dans la vie, cerf, p. 66

[20] Une autre perte peut être soupçonnée, moins grave cependant. L’éducation reçue avant l’entrée dans la gloire ne compense pas nécessairement entièrement les pertes subies par l’intelligence à cause de la mort prématurée. En effet, l’homme est un esprit qui, par nature, remonte par étapes à l’intelligible. C’est pourquoi il est lié à une sensibilité. Son intelligence se sert des images vues pour, petit à petit, construire les concepts universels. C’est par exemple en voyant ses parent s’aimer que le petit enfant comprend ce qu’est « l’amour». Lorsque l’intelligence n’a pu atteindre la plénitude de son développement, il est possible qu’elle éprouve de la difficulté à mûrir les concepts donnés en remplacement car elle n’y est pas adaptée. Il est probable que cet handicap de leur intelligence selon sa puissance naturelle est cependant largement compensé par la communication de la grâce surnaturelle puis de la lumière de gloire, selon cette parole du Seigneur: «Bienheureux es-tu père, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout petits» En effet, la vision de l’essence divine n’est pas communiquée en fonction de la perfection de la nature mais plutôt en fonction de la ferveur de la charité.

[21] La vision humaniste athée qui domine aujourd’hui explique ces réactions des parents. Seule cette vie de la terre compte. Dans cette hypothèse, ils s’efforcent de donner toutes les conditions matérielles et psychologiques pour que l’enfant réussisse dans la vie. D’autre part, l’absence de réflexion sur une survie de l’âme après la mort fait qu’on définit une personne humaine par sa capacité à poser un acte libre. Un embryon n’est donc pas encore une personne humaine.

 

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