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TABLE  OBJECTIONS SUR LE FORUM  SUIVANT

CHAPITRE 3

L’ENFER

[1]

 

"Nubio"

Ce qu’est l’enfer

Le blasphème contre le Saint-Esprit

Les six voies de la damnation

Les peines de l’enfer

Qui va en enfer?

 

Ce qu’est l’enfer

(Chose certaine)

Tout ce que nous avons décrit jusqu’ici s’harmonise parfaitement avec ce que nous connaissons de Dieu par Jésus-Christ. Il veut sauver tous les hommes et il en prend les moyens. Admiratifs devant tant de bonté, nous aurions envie de dire: “Il ne peut y avoir personne en enfer. Il est absolument impossible d’y aller car, en voyant Jésus à l’heure de la mort, aucun homme ne pourra résister à son attraction.” Il est vrai que nous ne savons pas avec certitude s’il y a des hommes en enfer, mais nous savons par contre que de nombreux anges se sont damnés. On pourrait alors rétorquer: “Qu’un ange se sépare de Dieu, cela se comprend, il est tellement parfait que l’orgueil, même à travers la solitude, l’attire. Mais les hu­mains sont faibles et mortels. Si la souffrance de la vie terrestre ne suffit pas à leur montrer combien ils ont besoin du Sauveur, son apparition achève de le leur prouver.” De tels arguments ont de quoi convaincre. Pourtant, à travers tout l’Évangile, Jésus ne semble pas aussi sûr du salut de tous les hommes. Certaines de ses paroles, où transparaît une réelle angoisse pour nous, sont significatives: “Je vous le dis mes amis. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer ce que vous devez craindre. Craignez celui qui, après avoir tué le corps, a le pouvoir de jeter l’âme dans la géhenne. Oui, je vous le dis, celui-là craignez-le[2]”. Par ce texte, il voulait nous garder du démon qui ne cesse d’agir pour nous entraîner en enfer. L’enfer ne semble donc pas être une simple théorie mais un risque réel pour chacun de nous.

A la lecture du chapitre sur l’heure de la mort, certains lecteurs se sont sans doute dits: « Inutile de se fatiguer à faire trop le bien sur terre. Pour se damner, il faut vraiment le chercher. » Ce chapitre vise à les détromper. Ceux qui ont pensé ainsi ont sans doute en tête les anciennes théologies où l’enfer était une marmite de feu dans laquelle un Dieu vengeur précipitait les âmes pécheresses. Il est vrai que cet enfer de crainte n’était qu’une image. Il suscitait la peur mais n’avait de valeur que métaphorique. L’enfer que je vais décrire ici est pire: il est attirant. Il intéresse les égoïstes… car on y est égoïste.

Afin de mieux comprendre ce risque, voici une histoire. Elle vise à montrer que ce ne sont pas les critères habituels de nos jugements humains extérieurs qui peuvent conduire en enfer mais la seule perversité de l’égoïsme et de l’orgueil.

 

« Cela se passait au Moyen-Age. Tout le monde en France avait foi en une vie après la mort et la réalité de Jésus-Christ n’était même plus une question pour la grande majorité du peuple. Nous étions en plein XIIIème siècle et l’Église semblait avoir atteint son âge d’or. Partout des prêtres prêchaient l’amour de Dieu. Un jeune homme, fréquentant l’Église depuis son enfance, tint en lui-même le rai­sonnement suivant: “Je suis baptisé. Jésus-Christ est mort pour moi. Il est prêt à me par­donner tous mes péchés, autant de fois qu’il le faut; il suffit que je lui en demande pardon. Il me promet en échange le paradis éternel!” Alors heureux de connaître cette bonne nouvelle, il l’interpréta ainsi: “Je vais vivre pour moi-même. Je vais profiter au maximum des biens de cette terre et, juste avant ma mort, je me convertirai. Une bonne confession et j’irai au paradis. Dieu me pardonnera certainement puisqu’il est bon.”

Ce jeune homme n’était pas mauvais. Il était simplement tiède et l’amour de Dieu ne lui donnait pas un grand zèle pour changer sa vie. Il se maria. Il eut des enfants. Il prit aussi une maîtresse, sans doute parce que la vie l’avait doté d’une forte nature. Mais tout cela coûtait cher. Il pratiqua donc quelques affaires malhonnêtes pour se procurer l’argent qui lui était nécessaire. Les années passant, il acquit intelligence et habileté dans le maniement de la richesse. Il lui arrivait encore de prier surtout quand lui venaient des pensées sur l’enfer. Les prêtres en parlaient beaucoup à cette époque et le décrivaient avec des expressions effrayantes, des diables grimaçants, des marmites brûlantes, une souffrance physique intense et tout cela pour l’éternité. Alors, après une journée où il s’était comporté d’une manière particulièrement odieuse avec ses proches, il lui arrivait de demander à Jésus de le délivrer de l’enfer. Les années passèrent et notre homme vieillit. Il fut pris un jour d’un malaise. Une douleur l’avait saisi dans la poitrine et l’empêchait de respirer normalement. Comprenant qu’il allait mourir, il fit appeler un prêtre. Terrorisé par la pensée de l’enfer, il confessa tous ses péchés. Il lui raconta ses maîtresses, ses fautes, et toutes les mauvaises actions dont il se rappelait. Il omit cependant le plus grand de ses péchés, sans doute parce qu’il n’en était pas conscient et que les siens, tenus en soumission, ne le lui avaient jamais fait remarquer: toute sa vie, il n’avait agi que pour lui, égoïstement.

Notre homme mourut. Il vit Jésus qui l’accueillit. L’Évangile lui fut prêché et il s’aperçut qu’il ne l’avait pas bien compris sur terre. Le paradis ne consistait pas en un simple lieu de bonheur où chacun peut jouir de la vie selon ses goûts. L’enfer, tel que le présentaient les démons n’était pas un lieu où ils peuvent pour l’éternité torturer les hommes. Tout cela n’était qu’un langage symbolique signifiant des choses bien plus profondes. Au paradis, la joie et le plaisir sont réels mais trouvent leur source dans le don de soi. En enfer règnent la souffrance et la solitude mais tout cela est la conséquence d’une divine liberté. Cela changeait tout. Ce que comprenait notre homme en ce jour, par l’enseignement de Satan, c’est qu’il n’avait jamais réellement aimé Dieu. Il ne l’avait aimé qu’à cause des avantages qu’il espérait en recevoir. Mais depuis qu’il pouvait voir les conditions requises pour recevoir ces bienfaits, le paradis ne lui paraissait plus beaucoup attrayant. Maintenant qu’il com­prenait ce qu’était une véritable conversion, tout lui paraissait bien différent. Jusqu’ici, il pensait qu’il suffisait de demander pardon, juste avant de mourir, pour chacune de ses mauvaises actions. Il ne soupçonnait pas que l’entrée au Ciel impli­quât aussi un total retournement du cœur, un rejet de l’égoïsme et un don, jusqu’à l’oubli de soi, à Dieu et aux autres. Parallèlement, le démon lui suggérait de dire avec lui un non ferme à Jésus et à ses exigences aberrantes. Il l’invitait à hausser les épaules devant une telle folie.

Notre homme pesa le pour et le contre et, après avoir tout considéré, opta pour la voie qui correspondait le mieux à son être: égoïste il était, égoïste il resterait. Il tourna alors le dos à Jésus, ne pouvant supporter plus longtemps son regard.”

 

Comment est-il possible que cet homme, apparemment semblable aux autres, se soit séparé de Dieu?

La première réponse à cette question est que l’enfer est lumière. Il y a un véritable bien en enfer, quelque chose d’attirant. Cette lumière s’appelle liberté et puissance. On y est comme un dieu, on y fait ce qu’on veut. On mange à satiété de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal »[3], selon la promesse de Lucifer à Adam et Ève. Ce bien n’est qu’apparent. Mais c’est parce que les damnés sont près à brûler de solitude plutôt que de le penser qu’ils choisissent l’enfer.

La seconde réponse se trouve dans le cœur de l’homme. Cet homme, apparemment semblable aux autres, était pourtant chrétien et avait reçu les derniers sacrements. La raison est à rechercher dans la racine qui fut durant sa vie à l’origine de ses actes. Comme tout homme, il portait en lui, un désir du bonheur. Comme tout homme, il s’aimait et naturellement cherchait à se rendre heureux. Il n’y a rien de plus naturel à cela. L’amour de soi fait partie de notre être. Cependant, s’appuyant sur une conversion fausse de la foi chrétienne, il crut pouvoir chercher le bonheur d’une manière égoïste. Il espérait bien être sauvé tout de même “puisque Dieu est amour”. Cet homme avait raison de penser que Dieu ne peut jamais le premier rejeter quelqu’un. Mais il oubliait que lui-même était capable de rejeter Dieu. Il vécut dans l’égoïsme, ne discernant pas à quel point il prenait goût à cette vie. Car une vie donnée au péché engendre l’amour du péché. Il fit de sa femme un moyen de service de ses désirs. Il ne l’aima que pour ce qu’elle lui appor­tait. C’est sans doute là le plus grave de ses torts. Il agit de même pour ses amis et ne se tourna vers Dieu, au terme de sa vie, que pour obtenir une fois de plus un bien à son profit. L’égoïsme devint de plus en plus sa raison de vivre. Evidement, caché dans les méandres de son psychisme, celui qui patiemment tissait les fils du péché s’appelait Satan. Arrivé devant Jésus, libéré de toute peur et de toute erreur théologique, confronté à la vérité de l’Évangile et à celle de son cœur, il ne fit qu’agir comme d’habitude. Il s’exalta, se révolta et s’enorgueillit devant lui, lui criant face à face: “Ton paradis, je le veux bien mais jamais sous de telles conditions. Je préfère encore être loin de toi à cela.” Il agit logiquement. Cet homme se damna librement. Il se damna pour l’éternité. Au moment de la mort, ayant tout compris, sachant ce qu’était l’enfer et sa peine, il préféra cela à la conversion. Éternellement, cet homme répète donc avec les démons: “J’ai raison, j’ai raison, plutôt l’enfer que le paradis sous ces conditions.”

Nous avons pris l’exemple d’un chrétien semblable à beaucoup d’entre nous afin de manifester à quel point il est dangereux, sous prétexte de l’amour de Dieu, de jouer avec le péché. Une telle attitude est immature car elle méconnaît la réalité du mal. Le péché ressemble à un arbre dont on ne voit que les multiples feuilles. Chacune des feuilles porte un nom: luxure, vanité, avarice, mensonge etc. Elles sont vertes et séduisantes car, en s’en nourrissant, l’homme reçoit un plaisir immédiat qui comble ses désirs. Mais toutes ces feuilles cachent sous leur ombre un tronc rugueux et dur qui ne cesse de les nourrir et grossit en les nourrissant, l’orgueil. En effet, l’homme qui vit dans le péché est son propre maître. Il n’a besoin des conseils de personne puisqu’il choisit lui-même ce qui est bien ou mal. Souvent, lorsqu’il se trouve devant une personne qui vit autrement que lui, il s’irrite contre elle. Il la qualifie de “moraliste” car, sans même le vou­loir, cette personne semble lui conseiller de vivre autrement. L’orgueil refuse tout conseil, (surtout ceux de l’Église).

Ce tronc est lui-même fondé sur des racines qui s’immiscent jusqu’au fond du cœur. Elles sont cachées et s’allongent insidieusement. Elles s’agrippent partout au point de devenir une seconde nature. La racine première de “ l’arbre de la connaissance du bien et du mal[4]” s’appelle l’égoïsme. En effet, nul ne pèche que parce qu’il s’aime lui-même au point de faire de tout (Dieu et le prochain compris) l’instrument de son bonheur individuel. Cet arbre puissant se nourrit du péché. La mort vient en arracher les feuilles puisque l’homme n’a plus de corps pour pécher. Mais elle laisse le tronc et les racines qui, agrippées, peuvent entraîner l’homme en enfer. Ainsi, celui qui vit dans le péché nourrit en lui un tronc et des racines mauvaises (égoïsme et orgueil) qui peuvent lui faire mépriser le pardon offert au moment de la mort. L’arbre tombe toujours du côté où il penche, commente un proverbe.

Le blasphème contre le Saint-Esprit

(Chose certaine)

Or, refuser le pardon à cette heure constitue toujours un blasphème contre l’Esprit, péché sans rémission selon le Christ:

 

“ Je vous le dis, tout péché et blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit Saint ne sera pas pardonné. Quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné, mais quiconque aura parlé contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera jamais pardonné, ni dans ce monde ni dans l’autre.[5]

 

Le blasphème contre l’Esprit Saint est donc le seul péché à nous conduire en enfer. Il est important de discerner avec précision sa nature.

Dans l’Évangile, Jésus en parle à propos de certains Docteurs de la loi qui désiraient sa perte. Ces théologiens l’avaient vu accomplir de grands miracles[6]. Ils savaient, en raison de leur science théologique, que certains faits comme la résurrection d’un mort, dépassent la puissance des démons. Ils ne peuvent venir que de Dieu car Dieu seul est infiniment puissant. Ils pouvaient donc en déduire que le prophète Jésus, par qui ces miracles avaient eu lieu, venait de Dieu. Or, ces hommes aimaient leur pouvoir. Ils l’aimaient tant que, voyant Jésus prendre de l’influence sur le peuple, ils eurent peur d’être supplantés. Ils décidèrent donc, sachant explicitement qu’il venait de Dieu, de le faire disparaître[7]. Ils aimaient tant la gloire qu’ils étaient prêts à tuer le Messie, reconnu comme tel, pour la conserver. Le blasphème contre l’Esprit Saint consiste en un amour de soi poussé si loin qu’il est capable de rejeter lucidement, volontairement et librement tout ce qui s’y oppose, jusqu’à Dieu lui-même. On voit qu’un tel péché est rare sur la terre. En effet, il implique des conditions si sévères que très peu d’hommes en sont capables. Les conditions sont, d’après le Concile Vatican II, au nombre de trois: une parfaite connaissance, une totale maîtrise de soi, une liberté calme.

Aucune faiblesse ne doit être à la source de l’acte mais un choix posé et réfléchi. Ainsi, toute personne qui agit entraînée par une passion aveuglante ne commet pas un blasphème contre l’Esprit. Elle pèche plutôt contre le Père puisqu’on attribue au Père, dans la Trinité, tout ce qui a rapport à la puissance. De même, ce péché ne peut exister si la moindre ignorance l’accompagne. Ceux qui demandèrent la mort du Christ en ignorant sincèrement son origine prophétique ne commirent pas un blasphème contre l’Esprit puisque, “ s’ils l’avaient connu, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire.[8]” De même, tout homme qui ici-bas pèche contre ses frères en ignorant l’existence de Dieu ne peut commettre un véritable blasphème contre l’Esprit. Il commet plutôt dans son ignorance un péché contre le Fils puisqu’on attribue à la deuxième personne de la Trinité tout ce qui touche à la connaissance. Sur la terre, seuls les croyants connaissant quelque peu leur théologie peuvent commettre ce péché irrémissible. Mais, au moment de la mort, nous avons montré que c’est tout autre chose. Faiblesse et ignorance disparaissent. Le blasphème contre l’Esprit Saint devient possible car, face à Jésus contemplé dans sa gloire, cœur à cœur, vérité à vérité, nul ne peut agir autrement qu’en toute liberté.

Les six voies de la damnation[9]

(Chose certaine, sauf peut-être le nombre six)

A travers quelques récits, nous allons essayer de manifester les six grandes manières dont il est possible, au moment de la mort de commettre le péché qui conduit en enfer. Saint Thomas d’Aquin donne dans sa Somme théologique la liste de ces six péchés[10]. Cette liste reste valable et correspond parfaitement aux actes d’un orgueil devenu indestructible:

            Refus de croire à la vérité suffisamment révélée,

            Envie des grâces fraternelles,

            Présomption,

            Désespérance,

            Obstination,

            Impénitence finale.

1- Refus de croire à la vérité suffisamment révélée

 

Le premier de ces péchés vient d’être décrit à travers l’attitude des Docteurs de la loi dénoncés par Jésus. Il est clair, d’après ce qu’en dit le Messie, que certains désirèrent sa mort tout en sachant fort bien qu’il venait de Dieu. Or, quelques années plus tard, ils moururent. Entre temps, il est probable que certains d’entre eux avaient eu le temps de participer activement à des persécution­s contre la toute jeune Église de Jésus. Cette attitude est logique. Celui qui pousse l’amour du pouvoir au point d’éliminer consciemment un envoyé de Dieu n’a pas de raison de changer par la suite, jusqu’à l’heure de sa mort, arrivé devant Jésus. C’est ainsi que fonctionne le premier de ces blasphèmes contre l’Esprit Saint. La vérité et l’amour pleinement manifestes ne produisent aucun effet de conversion. Le pécheur a déjà fait son choix d’une manière si définitive et lucide qu’il ne prend même pas la peine de considérer l’autre voie. Il n’y croit pas... par choix. Dans leur recherche exclusive du pouvoir, ces hommes sont prêts à nier pour l’éternité. Il faut pour cela, c’est certain, un orgueil démesuré. Sans cet orgueil lucide et fort, il ne peut y avoir d’enfer. Tout autre péché que celui-là ne résiste pas devant la douceur et l’humilité de Jésus.

L’histoire donne, semble-t-il, un exemple analogue mais beaucoup plus récent. Il s’agit encore d’un prêtre. Il s’appelle Monseigneur Pierre Cauchon. Il est le juge de Jeanne d’Arc. Les documents du procès de condamnation sont fiables par l’honnêteté du greffier Manchon qui, au risque de sa vie, refusait de falsifier les textes. Monseigneur Cauchon est Docteur en théologie, formé à la Sorbonne. La guerre de cent ans oppose les Anglais et les Français. Jeanne d’Arc, jeune fille de 18 ans sans culture, avait réussi à faire sacrer le roi de France Charles VII à Reims. Cauchon avait pris parti pour les Anglais. Une ambition secrète portait son zèle : devenir archevêque. Il le sera effectivement, pendant dix ans, au prix d’un péché dont on voit mal les circonstances atténuantes. Lorsque le destin le fit juge de Jeanne, il comprit ce qu’il lui faudrait faire: la convaincre de sorcellerie, par tous les moyens. Or, au cours du procès, tout lui indique qu’il a non seulement affaire à une jeune fille vivante et saine, pleine d’humour et de grâce, mais à une envoyée de Dieu. Elle est inspirée de réponses théologiques qui dépassent son niveau de culture. Elle échappe aux pièges de la dialectique subtile. Les prophéties qu’elle avait faites se sont réalisées à la lettre. Malgré cette évidence, l’évêque Cauchon refuse de croire à l’évidence. Il lui faut sa vie. Sa promotion en dépend. Pour cela, il utilise les astuces les plus rouées. Il falsifie sa science théologique. Jeanne n’a pu être convaincue de sorcellerie ou d’impiété[11]. Elle n’est attaquable qu’au plan de la lettre d’un texte sacré qui condamne le travestissement. Elle ne s’habille pas en homme par vice mais parce qu’elle est entourée de soldats. Profitant d’une faiblesse due à une intoxication alimentaire qu’il a provoqué, l’évêque lui promet une prison gardée par des femmes à condition « qu’elle se soumette à son autorité et s’habille en femme.» Les termes sont volontairement vagues. Fatiguée, elle accepte. Trahissant sa parole, l’évêque la remet aussitôt dans sa prison tenue par des hommes, ses vêtements d’homme bien en vue. Le lendemain, il n’aura qu’à constater sa rechute et à la faire brûler vive comme « relaps ».

S’agit-il d’un péché contre l’Esprit Saint? Il est impossible de juger le fond des cœurs. Ces histoires ne font qu’illustrer les péchés contre l’Esprit Saint et ne se prononcent pas avec certitude sur la réalité de ce péché et le choix définitif des personnes citées. Mais l’apparence de cette histoire illustre bien ce qu’est le refus de croire à l’évidence. Ce péché est en fait une volonté de ne pas croire par amour d’autre chose: plaisir, pouvoir ou richesse. Cet évêque théologien est nécessairement lucide. Il manifeste une grande maîtrise de lui. Il est averti de nombreuses fois par son entourage. Son greffier est comme une voix de Dieu, droite et discrète. Si tout cela est vrai, si aucune faiblesse cachée ne motive le comportement de l’évêque, on peut légitimement être inquiet pour son salut. A sa mort, Monseigneur Cauchon se contentera de choisir avec la même détermination l’enfer où les ambitions du pouvoir sont comblées[12].

2- Envie des grâces fraternelles

 

Le deuxième blasphème contre l’Esprit est plus facile à comprendre car plus proche de nos comportements habituels. L’envie des grâces du prochain est un sentiment fréquent qui, fort heureusement, n’est la plupart du temps que faiblesse ou bêtise. Nous prendrons l’exemple d’une personne ayant vécu. Il ne s’agit pas, encore une fois, de se prononcer sur le choix éternel de quiconque, mais seulement d’être illustratif. Lorsque Adolf Hitler s’est suicidé, il a quitté ce monde en emportant la responsabilité directe de dizaines de millions de vies humaines détruites dont, en particulier, quelques millions de femmes, d’enfants coupables d’être nés accompagnés de son mépris. Formellement, et sans entrer trop rapidement dans sa conscience, Hitler ne semble pas s’être rendu coupable d’un véritable blasphème contre l’Esprit Saint avant l’heure de sa mort. Rappelons-le, les conditions requises pour commettre ce péché sont vertigineuses. Dieu est juste et la moindre ignorance déterminante par rapport au sens de la vie terrestre est reçue comme une circonstance atténuante. A différence de Monseigneur Cauchon, Hitler ignore bien évidemment la théologie et le cœur de Dieu. Il ne soupçonne pas un seul instant à quel point il est aimé par les milliards d’êtres humains et angéliques présents auprès de Dieu. Nul ne peut savoir à l’avance comment il aurait vécu s’il avait connu le Seigneur de la gloire[13].

De toute façon, il est certain qu’il fut accueilli à l’heure de sa mort par le déploiement d’un innombrable cortège de saints. Le Ciel entier se mobilisa pour sauver ce grand pécheur. Parmi les âmes présentes brillaient celles de millions de juifs qu’il avait fait exterminer. Il les vit un à un pendant un de ces regards profonds que peut offrir la puissance de Dieu au moment décisif. Toutes ces âmes réunies proposaient[14] leur pardon à Hitler, sans arrière-pensée. C’est ainsi que l’on est au Ciel. Nul ne peut entrer au Ciel sans être dans une telle disposition de l’âme. C’est pourquoi il est certain que les juifs accueillirent Hitler de cette façon. Il vit le visage de Jésus rayonnant douceur et humilité. Il vécut de l’intérieur cette parole terrible pour lui de l’Évangile: «Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait.” Le silence accueillant de Dieu à l’instant de la mort est décrit par l’Écriture comme le Jour de la colère (Dies irae). Car il vaudrait mieux affronter la colère de Dieu que son pardon[15]. Mais le démon aussi, avait droit à la parole, comme il convient en cette occasion. Il n’est pas difficile, connaissant les obsessions d’Hitler durant sa vie terrestre, d’en reconstituer la teneur. Satan sait comment parler pour toucher une âme dans l’axe même de sa perversité: “Vois ces juifs, ces tziganes que tu as méprisés avec raison toute ta vie. Regarde leur humiliante attitude de dépendance les uns vis-à-vis des autres. Regarde la royauté qu’ils ont reçue de Dieu. Si tu te convertis maintenant, n’oublie pas que toi, le Guide de millions d’hommes, tu seras plus petit qu’eux pour l’éternité. De Maître que tu étais, tu deviendras inférieur car chacun se fait serviteur de tous dans leur monde. Ne te convertis pas. Reste fidèle à ton combat, sois Roi avec moi, loin de ces gens.”

Là se trouve la puissante tentation de l’envie des grâces fraternelles. Elle concerne tout homme qui a été dominant vis-à-vis de son prochain durant sa vie. Il est difficile de renoncer au pouvoir. L’écho de ces paroles fut, on s’en doute, immense dans un cœur tel que le sien. Elles correspondaient à toute sa vie. Nous ne saurons qu’au Ciel quel fut le choix définitif d’Hitler en ce 30 avril 1945. Implora-t-il le pardon de Dieu et de ses frères[16]? Provoqua-t-il au Ciel la plus grande joie? Céda-t-il au contraire à l’envie, selon l’inclination acquise par toute une vie nourrie de haine? L’envie des grâces fraternelles, deuxième péché contre l’Esprit Saint, est sans rémission possible car, commis ainsi dans la lucidité de l’heure à la mort, il est le fait d’une personne qui jamais plus ne reviendra en arrière.

3- Présomption

 

Pour comprendre la présomption, troisième péché contre l’Esprit Saint, il faut se souvenir de la chute de l’ange Lucifer telle que rapportée en note 81dans la première partie. Actuellement, cet ange comme tous les démons ne cesse de réclamer la Vision béatifique à Dieu. Il s’estime digne de ce bonheur et le considère comme dû à chacun en mesure de la noblesse de son intelligence. La présomption est ici: vouloir posséder Dieu en refusant les conditions voulues par lui, humilité et charité. Ce péché est typiquement Luciférien car il implique un sens inné de sa propre grandeur. Il est pourtant possible chez l’être humain, surtout au terme d’une vie emplie d’honneurs et de richesses. Supposons qu’un homme arrive devant Jésus à l’heure de sa mort et exige le paradis tout en excluant les conditions de petitesse proposées par le Sauveur; supposons qu’il maintienne fermement cette attitude, en pleine lucidité, prêt à perdre la vie éternelle plutôt que d’aimer ce Dieu qui ne se donne qu’à l’amour, alors il se condamne lui-même à l’enfer et ce pour l’éternité puisque, éternellement, il criera à Dieu: “J’ai raison.” Dieu rejette activement cet homme-là car il a l’audace de vouloir forcer l’entrée dans la vision béatifique. D’où ces textes[17]: «Les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. Là seront les pleurs et les grincements de dents.»

4- Désespérance

 

La désespérance, en tant que telle, est un péché contre le Saint-Esprit et est plus difficile à comprendre. Trop facilement au cours de l’histoire, on l’a confondue avec le désespoir psychologique qui, quant à lui, est incapable de plonger un homme en enfer. L’histoire de Judas est significative à cet égard.

D’après les Évangiles, le défaut majeur de Judas fut son lien avec l’argent. Non seulement il volait dans la bourse commune des apôtres mais il se rendait malade à la vue du gaspillage apparemment autorisé par Jésus: «Pourquoi ce parfum a-t-il été répandu à terre? N’aurait-on pas dû le vendre trois cents deniers qu’on aurait donnés à des pauvres?[18]”, reproche Judas à Jésus après le passage d’une femme repentie. A cause de son avarice, il ne supportait plus Jésus. Pourtant, il cachait son double jeu en vivant comme les autres disciples. Il avait certes été témoin des miracles de Jésus. Il ne pouvait pas être dupe de sa puissance surnaturelle. Cependant, il ne comprenait pas son message trop spirituel, pas assez réaliste. Jésus tenta tout pour le ramener à lui. Le signe de la bouchée de pain[19] prouve l’amitié et la confiance. En acceptant ce pain de communion, sans parler à Jésus de son trouble, il s’enferra dans l’hypocrisie. Le démon n’eut plus qu’à lui suggérer de livrer Jésus aux chefs des Juifs, en lui apportant de très bonnes raisons, le danger politique de l’Évangile, la nécessité d’un jugement de discernement de la part des Docteurs de la loi, et l’argent à gagner. Lorsqu’il eut accompli son geste, il se sentit d’abord soulagé. Mais en même temps que disparaissait la tentation, il eut soudain un retour de lucidité: Tous les miracles de Jésus lui revinrent en mémoire ainsi que les prophéties de sa Passion. Il eut une conscience brutale d’être le traître, celui qui devait livrer le Messie. Il fut saisi d’un vertige désespérant devant l’immensité de son crime: « Faute impardonna­ble! Malheur à moi » et il alla se suicider.

Ce suicide est le fruit d’un désespoir effrayant devant la conscience d’un acte irréparable. Mais il ne constitue pas encore, semble-t-il, un péché contre l’Esprit Saint. En effet, l’effroi d’une condamnation sans rémission possible de la part de Dieu vient submerger la pensée au point d’entraver le jugement. Elle est fausse et liée à un manque de connaissance de Dieu. Elle doit donc être rectifiée par une preuve glorieuse de la bonté de Dieu. Quant à sa faiblesse liée à la panique, l’attitude de Judas la prouve: il court rendre l’argent, espérant peut-être d’une façon illusoire libérer Jésus. Tout péché, aussi grave soit-il, lorsqu’il est empreint d’erreur théologique ou de faiblesse, ne peut constituer un véritable blasphème contre l’Esprit Saint. Le suicide de Judas révèle d’autre part en lui une capacité à regretter la faute commise tout en n’imaginant pas le pardon possible.

Aurions-nous agi de façon différente à sa place? Un tel désespoir dans une telle situation est naturel. Qui peut espérer être pardonné après une trahison aussi grave? Quand l’ami trahi est un Messie de Dieu, qui ne penserait à l’enfer?

Judas se pendit. A cet instant même, Jésus (ou un ange délégué par Jésus selon l’heure à laquelle il fit son geste) se montra à lui. Sans erreur possible, la clarté de cette apparition manifesta à Judas l’inimaginable: son péché pouvait être pardonné. Il lui suffisait de demander pardon et de se jeter dans les bras du Messie mort pour lui. Mais le démon toujours présent à l’heure de la mort criait: “Faute impardonnable! Malheur à toi, tu es perdu.” Par cette parole, il le tentait non plus de désespoir mais de désespérance. Il ne s’agissait plus pour lui de le pousser à un désespoir psychologique en lui faisant croire faussement à l’impossibilité du pardon de Dieu. L’existence de ce pardon ne pouvait être ignorée à cette heure par Judas devant l’évidence de l’apparition glorieuse de l’Envoyé de Dieu. Non, le démon essayait de convaincre un homme calme, en pleine possession de ses facultés de jugement, connaissant parfaitement la Bonne Nouvelle, de refuser le pardon offert: “Garde ta dignité. Ta faute est trop grave, assumes-en les conséquences en refusant le pardon.” Il s’agit d’une désespérance voulue et maintenue fermement malgré le pardon évident de Dieu.

Cet acte curieux est en fait une subtile manifestation d’un orgueil qui se camoufle en dignité: «J’ai trop péché, je m’en vais.» Quel fut le choix définitif de Judas? Désespérance volontaire ou abandon de son âme blessée dans les bras de Dieu? Il existe une parole terrible de Jésus à son égard: “Malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré. Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître.[20]” N’interprétons pas trop vite cette prophétie comme la preuve de la damnation éternelle de Judas. Il faut se souvenir que, par le péché, nous avons un jour livré le Fils de l’homme. Jésus ne prend d’ailleurs ce nom de Fils d’homme que pour signifier que tout péché contre un fils d’homme est contre lui. Il faut ajouter comme sous-entendu à ce texte: «sauf s’il implore le pardon. »

La désespérance, comme blasphème contre l’Esprit Saint, est concrètement un choix de l’intelligence et non une pulsion de la sensibilité. La distinction peut paraître subtile. Elle est fondamentale si l’on veut comprendre le sort de ceux qui se suicident par désespoir. Loin d’être damnés pour l’éternité, il faut affirmer que la souffrance de ces pauvres enfants de Dieu les dispose au contraire à se précipiter avec amour dans ses bras dès qu’ils entendent parler de son existence[21].

5- Obstination

 

Le cinquième blasphème contre l’Esprit Saint, l’obstination, est aisé à comprendre. Tout homme qui, face à face avec Jésus, s’obstine à maintenir son choix définitif et lucide dans le sens de son égoïsme, se met librement en enfer. Et son enfer est éternel car, dans la lumière de Jésus, le choix est arrêté pour toujours. Il n’y a pas de fin à l’enfer car la personne obstinée veut demeurer sans fin dans son péché.

 

6- Impénitence finale

 

Quant à l’impénitence finale, elle a été décrite au début de ce chapitre. Arrivé de l’autre côté, l’homme du Moyen-Age ne se repent pas car, tout à coup, son péché lui paraît bon. Le seul motif qui le tenait dans l’inquiétude disparaît. Il n’a plus peur de l’enfer.

Il ne faut pas confondre le péché contre l’Esprit Saint d’impénitence finale avec l’impénitence que l’on observe parfois chez des mourants. Dans les années 1910, mourait un homme politique, adhérant du parti Radical socialiste, bon époux d’une femme catholique. Il avait toute sa vie professé des idées opposées au christianisme. Il avait même adhéré à un groupe philosophique de type franc-maçon, s’efforçant de construire un monde empreint des idées humanistes, liberté, justice sociale, solidarité. Ces trois idées ne sont pas en elles-mêmes opposées au christianisme mais elles s’accompagnent d’un athéisme pratique qui pourrait se traduire ainsi: «Vivons libres et respectons-nous les uns les autres afin de vivre heureux sur la terre avant que la mort ne nous détruise.” Il en résulte à long terme une tolérance et un respect d’autrui finalisés par... l’amour de soi, afin de mieux trouver son bonheur individuel. La religion chrétienne, on le voit, implique une philosophie inverse.

Pour cet homme, la religion chrétienne comme toutes les religions lui paraissait conduire au fanatisme et à l’obscurantisme et il savait à l’occasion le prouver par des exemples bien documentés tirés de l’histoire. Puis il tomba malade et la maladie s’avéra sans guérison possible. Son épouse, angoissée par son salut, crut bien faire en appelant à son chevet un prêtre. Celui-ci vint et, sans le brusquer, avec toute la délicatesse voulue, lui parla de Jésus, du pardon, de la vie éternelle. Mais l’homme eut un geste terrible. Saisissant le crucifix, il le jeta à terre. Il se détourna et mourut quelques heures après. Ses frères Franc-maçons vinrent trouver sa femme et lui remirent une lettre-testament refusant les funérailles à l’église.

Devant les signes de son impénitence finale, son épouse crut en sa damnation éternelle. Elle en fut désespérée comme on peut l’être pour un mari tendrement aimé. Elle écrivit à Monseigneur d’Hulst, qui était à l’époque très connu pour la qualité de sa direction spirituelle. Il la rassura en lui écrivant une lettre qui mérite d’être citée car elle constitue historiquement la première allusion d’un théologien à la possibilité d’une révélation à l’heure de la mort.

 

“ Dans ce dernier combat de l’agonie, quand la pensée est lucide et la voix muette, quand le monde extérieur s’éteint autour du moribond et le laisse seul avec son monde intérieur, quand son oreille n’entend plus ses paroles trompeuses destinées à le rassurer et que son âme entend la réponse de mort, qui lui dit la prochaine et terrible vérité, à cette heure d’angoisse et de clairvoyance, il y a certainement une sollicitation suprême de la miséricorde. Il y a une apparition (je prends ce mot dans le sens métaphysique et le plus large), une apparition de Jésus. Il y a le souvenir, tout d’un coup ranimé, de ces fragments épars d’instruction religieuse oubliés depuis l’enfance, d’idées religieuses répandues çà et là dans la société et que l’on rencontrait autrefois sur son chemin d’indifférence. Tout cela s’assemble, tout cela revit comme les ossements d’Ezéchiel, tout cela recompose une figure de la vérité qui s’offre à l’âme dans les traits bénis du Rédempteur.”

 

Selon Monseigneur d’Hulst, cette grâce finale qui précède la mort est si certaine qu’on ne doit jamais désespérer du salut de personne.

De fait, que devint l’homme dont nous racontions la mort? Il fut sauvé et non seulement il le fut mais il devint grand dans le Ciel comme le deviennent ceux qui aiment beaucoup. C’est que le geste vis-à-vis du crucifix n’était pas celui d’un homme pervers et obstiné dans son impénitence. C’était celui d’un incroyant sincère: “ Ne jugez pas, affirme Jésus, vous ne serez pas jugés.” Selon notre homme, après mûre réflexion, Dieu ne pouvait pas exister. Le monde avec ses malheurs, la nature elle-même avec ses contradictions lui paraissaient avec évidence le fruit d’un hasard. De Dieu, point! L’homme, dans ce monde désespérant, lui paraissait plus malheureux que les animaux puisqu’il était conscient de tout cela. Quand il avait vu entrer ce prêtre dans sa chambre de mourant, il l’avait rejeté avec pitié comme on rejette un marchand d’espérance. Puis il était mort, regrettant seulement de ne pas avoir menti extérieurement pour rassurer sa femme. Mais, arrivé devant l’Au-delà, voyant d’un seul regard la Vérité, il y avait adhéré immédiatement. Un homme au cœur droit ne rejette pas l’évidence, surtout quand elle donne sens aux scandales les plus obscurs de la vie terrestre. Allégresse devant l’existence du salut et larmes pour ses erreurs passées, telles furent les réactions de cet homme juste. Il n’eut même pas à passer par un temps de purgatoire car, ayant aimé toute sa vie son épouse de tout son cœur, il sut immédiatement aimer Dieu.

Tout autre est l’impénitence finale. Elle est le fait d’un homme durci volontairement dans son péché, qui préfère froidement vivre en enfer éternel plutôt que de changer, et ceci face à la douceur de Dieu. Tous les blasphèmes contre l’Esprit Saint sont d’ailleurs de la même espèce. Tous sont un refus réfléchi d’un mariage d’amour éternel proposé par Dieu. Face à ce refus, Dieu ne se révolte pas. Il n’impose aucune punition et respecte la liberté de celui qui l’a rejeté. Il ne tente plus rien pour le sauver car il sait qu’il n’existe plus aucune action capable de le changer.

Les « aigreurs » de l’enfer[22]

(Chose certaine)

Dieu a-t-il créé l’enfer ? En créant des personnes, donc des êtres libres, il a créé la possibilité que ces personnes rejettent son projet. Son rapport avec l’humilité et l’amour peut irriter certains. Or l’enfer n’est autre que le rejet de l’état intérieur qui règne chez les habitants du paradis. En ce sens, Dieu a créé la possibilité de l’enfer. Les damnés s’y condamnent seuls, contre tous les efforts de Dieu.

Quel est le lieu de l’enfer ? Je vais montrer qu’il est probablement le même que celui du paradis, Dieu se contentant de respecter le choix des damnés en ne se montrant pas à eux et les laissant aller où bon leur semble. Cependant, il faut montrer que ce choix est source de souffrances multiples, traditionnellemnt appelées les peines de l’enfer. Il serait plus judicieux de les appeler « les aigreurs » de l’enfer car le mot peine évoque une punition que Dieu surajouterait. En fait, ces peines ne sont que les conséquences morales, psychologiques et, après la resurrection, physiques d’un choix de vie égoïste d’une âme créée pour l’amour.

 

L’Écriture Sainte ne cesse de parler des tourments de l’enfer, du feu, du ver rongeur, des pleurs et des grincements de dents... Lorsque nous disons que Dieu n’impose aucune punition au damné, nous entendons par là qu’il n’ajoute rien de plus à ce qu’il souffre. Au contraire, les damnés sont vraiment laissés libres. Ils peuvent aller et venir comme ils l’entendent dans l’univers, sauf s’il s’agit de nuire aux habitants de la terre. L’Écriture en témoigne à propos de Satan[23]: «Le jour où les Fils de Dieu venaient se présenter devant Yahvé, le Satan aussi s’avançait parmi eux. Yahvé dit alors au Satan: «D’où viens-tu » « De rôder sur la terre, répondit-il, et d’y flâner. »

Jadis, des théologiens prenant dans un sens matériel les textes de l’Évangile imaginèrent un feu, des chaudrons, de la lave incandescente en enfer. Comment purent-ils penser Dieu à l’image d’un bourreau, déléguant pour sa vengeance les démons, tel un chef de camp de concentration? Une telle théologie, quand on la relit, constitue un véritable blasphème. De fait, en enfer, rien de tout cela n’existe, du moins pas comme on l’entendait. Dieu respecte la liberté de sa créature et ne fait que s’effacer humblement devant celui qui le rejette.

C’est le péché qui constitue la source de toutes les douleurs de l’enfer. Il est possible de les décrire une à une, comme une série de cascades qui procèdent d’un point unique : la privation de Dieu

Le feu de l’âme[24]

 

Le feu de l’enfer existe réellement. L’Écriture Sainte en parle avec netteté. Sa nature peut être précisément décrite, à travers des lois de psychologie spirituelle. Il n’est pas d’abord un feu matériel. Il s’agit d’une souffrance spiri­tuelle liée à l’absence de Dieu. Chaque âme, comme chaque ange ressemble à un vase dont l’ouverture béante aspire à être emplie d’eau pure. Chaque âme est créée par Dieu pour être emplie de Dieu[25]. Il faut aller très loin pour comprendre. Notre âme dans son être même est trinitaire c’est-à-dire qu’elle est faite pour que vienne s’y loger le Père engendrant le Fils dans l’Esprit Saint. Éloignée de ce pour quoi elle est faite, l’âme souffre comme une terre asséchée en attente d’eau. Nous sommes faits ainsi.

Les conséquences de cette propriété de l’âme se répercutent de manière consciente dans l’esprit. Notre cœur cherche un amour infini et cet amour n’est autre que Dieu, même si nous l’ignorons. Notre intelligence cherche à connaître ce qui est vrai et cette lumière sans limite n’est autre que Dieu. Sur la terre, nous ne ressentons que peu cette soif, ce feu. En effet, par de multiples occupations extérieures, il nous est possible de nous distraire et de penser à autre chose. Bien des hommes passent d’ailleurs leur vie à fuir ce feu qu’ils sentent confusément prêt à apparaître[26].

Le feu que nous portons en nous quand nous sommes loin de Dieu est source des plus belles oeuvres poétiques car les artistes ont la capacité de sentir cette tension vers... “quelque chose d’ignoré et d’absent ”: amour, beauté, éternité, toutes ces choses sacrées qui ne sont autre que Dieu[27].

Ceux qui se suicident sont bien souvent poussés par ce feu rendu si conscient qu’il se transforme en désespoir: “l’amour n’existe pas”. Il n’y a pas à en vouloir à Dieu pour cette souffrance qui ronge nos vies. Il ne nous a pas créés pour souffrir mais pour donner gratuitement la Vision béatifique. Après la mort, lorsque le corps a disparu, il n’existe plus aucun moyen d’étouffer ce feu. Toute absence de Dieu est ressentie comme une douleur, un malaise, un vide, un feu et un océan de glace in­croyablement plus douloureux que tout ce qu’on peut imaginer sur terre. C’est ce feu, nous le verrons, qui purifie l’âme au purgatoire.

En enfer, c’est aussi ce feu de l’âme lié à l’absence de Dieu qui torture les damnés. Mais la situation est toute différente au purgatoire où l’on aime Dieu. Toute la nature (la racine de leur être) des damnés désire Dieu. Ils restent hommes, donc faits par nature pour l’Amour et la Lumière. Ils en brûlent d’angoisse et de solitude. Mais le choix libre de leur conscience et leur volonté est ainsi posé qu’ils préfèrent subir cette torture de leur être éternellement plutôt que de se repentir. Ils ont décidé de manière définitive et lucide que jamais ils n’accepteront les conditions de la Vision de Dieu, à savoir l’humilité et l’amour. Ils ne cèdent pas et tournent en rond sur le vide de leur vie. Leur souffrance s’explique par ce manque naturel conjoint à ce refus volontaire, libre de Dieu.

Ces deux orientations sont contraires. Leur liberté s’oppose à leur être. Le frottement de ces deux orientations contraires les met en feu.

Ce feu est profondément spirituel. Il est la pire douleur qu’on puisse imaginer car il est une absence de sens à la vie. Le feu n’est qu’en second lieu sensible. Les morts gardent leur psychisme, avons-nous dit. Le feu de l’âme se répand dans les sentiments, bien avant la résurrection, à travers toutes sortes de passions, d’angoisses, de fureurs.

Le ver rongeur du remords[28]

 

La première conséquence du feu est qu’il obsède sans cesse la pensée des damnés. Imaginons la scène suivante, digne de Dante. Voici un damné. Il a choisi de rejeter Dieu et sa demande d’humilité et d’amour. Il s’est tourné vers l’enfer par obstination, décidé à ne jamais céder sur le point suivant. « J’opte pour une vie d’éternels plaisirs. J’y ai droit puisque je suis créé libre. Mais jamais, parce que suis quelqu’un de digne, je ne m’abaisserai au repentir, à l’amour pour l’obtenir au paradis. » Son choix lucide a été ratifié. Il sait ce qu’il l’attend en enfer.

Chaque jour, il court donc après son unique volonté, les plaisirs. Il rencontre un autre damné, aussi égoïste que lui. Ils se proposent mutuellement un acte de luxure. Ils s’y essayent. Mais le plaisir ne vient jamais. Sa source est comme tarie. Leur colère perpétuelle, leur obsédante recherche d’eux-mêmes rend la chair ridée et triste. Tout est répugnant et se transforme en souffrance.

Alors apparaît le ver rongeur du remords. Le remords est tout à fait autre chose que le repentir. Juste avant son exécution, un prêtre demandait à un criminel s’il regrettait l’assassinat sauvage d’une fillette. Il répondit oui. Le prêtre crut à un premier geste de repentir. Il avait tort. Le condamné ajouta: «Je me suis fait prendre. Si j’avais été plus prudent, je n’en serais pas là. ». De même, les damnés regrettent amèrement de souffrir (le remords) mais ne cessent de blasphémer contre l’Esprit Saint: “Plutôt retourner au néant que d’aimer de cette manière si humble! ” (refus du repentir). Pour ne pas confondre repentir et remords, il suffit de se représenter les damnés comme des criminels qui regrettent d’avoir été mis en prison mais préfèrent y rester plutôt que de se repentir de leur crime.

Les pleurs et les grincements de dents[29]

 

Lorsqu’il s’agit de réalités spirituelles, l’Écriture a l’habitude de s’exprimer par mode de métaphore. Elle rend plus accessible aux hommes des réalités qui par nature les dépassent. C’est ainsi que «le bras de Dieu» ne signifie pas que Dieu ait un bras comme nous mais qu’il a la puissance d’agir dans le monde. Il en est de même pour les pleurs ou les grincements de dents. Ils expriment avant tout sous un mode sensible un état permanent de l’esprit et du psychisme des damnés, même si, après la résurrection des corps, ils prendront une vérité propre puisque les pensées et la sensibilité des passions se répercuteront jusque dans les actes extérieurs du corps.

Auparavant, on peut dire que les damnés pleurent et grincent des dents d’une manière passionnelle. Par les pleurs, l’Écriture veut exprimer la souffrance extrême provoquée par le feu de l’enfer et par le remords car c’est par les pleurs que s’exprime habituellement la souffrance. Par les grincements de dents, elle veut exprimer l’état permanent de révolte et de rancœur contre tout ce qui s’oppose à leur volonté perverse. Ils se révoltent en particulier contre la peine du lieu matériel de l’enfer qui, en les empêchant de nuire aux vivants, les empêche d’agir à leur guise dans le monde. Ils se révoltent aussi contre les volontés de Dieu qu’ils savent être cause première de leur emprisonnement.

Les ténèbres extérieures

 

Comme tout ce que dit l’Écriture à propos de l’enfer, les ténèbres extérieures signifient avant tout une peine spirituelle, même si elles prennent, après la résurrection de la chair, une signification corporelle.

Ainsi la lumière et les ténèbres se rapportent à un bien de l’intelligence, à savoir à la connaissance qui est une lumière pour le jugement. On doit donc dire que les damnés, après leur jugement, connaîtront certaines choses et en ignoreront d’autres.

Ils connaîtront tout ce qui est nécessaire à la justice de leur sentence éternelle. Ainsi, un condamné doit savoir pourquoi il est condamné et à quelle peine il est condamné. Une telle science, les damnés la reçoivent avant même le jugement dernier, et ils la reçoivent en plénitude par apparition de l’humanité Sainte du Christ. Ils savent donc et n’oublient jamais que Dieu existe, puisqu’il propose aux humbles la vision de son essence, qu’il réprouve les orgueilleux et les punit avec les peines éternelles de l’enfer. Ils expérimentent d’ailleurs ces peines dans leur âme à chaque instant. Sous ce rapport, les damnés ne sont pas dans les ténèbres.

Les damnés fuient la présence des saints du Ciel

 

Cependant, après avoir été plongés dans la séparation d’avec Dieu, les damnés ne peuvent plus rien connaître du monde extérieur à l’enfer, sauf si une disposition particulière de la miséricorde ou de la justice divine en décide provisoirement autrement. Même dans ce cas, on peut dire qu’ils sont dans les ténèbres extérieures puisque, s’ils voient le bonheur des élus, ils sont incapables d’en connaître la cause qui est Dieu. Cette vision est plutôt source pour eux d’un surcroît de souffrance à cause de l’envie qui les dévore. C’est pourquoi elle n’est donnée à tous sans exception qu’une fois, lors du jugement général qui manifestera aux yeux de l’univers entier les secrets les plus cachés, le bien et le mal du cœur de chacun. C’est donc par miséricorde que permet que les damnés fuient librement la vision du festin éternel des élus, pour ne pas multiplier inutilement les pleurs et les grincements de dents.

 

… et le refus de vivre dans des lieux déserts

Pourtant, les damnés ne souhaitent pas fuir dans des lieux déserts. Ils veulent s’occuper, agir, pour échapper à la considération éternelle de leurs obsessions. C’est cette absence de Dieu et le feu qui en résulte qui poussa jadis les démons à supplier Jésus de les envoyer dans un troupeau de porcs plutôt qu’en enfer[30]. Toute activité extérieure, même le fait de faire du mal, soulage les damnés de la perpétuelle obsession de leur angoisse; l’enfer n’est en fait que leur propre cœur vide que ne parvient pas à combler la présence égoïste des autres damnés.

 

L’étang de souffre et le feu physique[31]

 

La plus grande crainte d’un damné, c’est de rencontrer un saint du Ciel. L’humilité et le bonheur qui rayonnent des compagnons de Dieu le rendent malade. La simple évocation de cette pensée le déchire. Il y a peu de chance pour que cela arrive. La place est immense dans la maison de Dieu. Avant comme après la résurrection de la chair, le lieu de l’au-delà sera l’univers dans son ensemble. Mais, aussi gigantesque soit cette immensité, les saints ne cesseront de parcourir, tels des flammes rapides, s’extasiant des merveilles inventées par Dieu, y ajoutant leurs propres constructions.

Les damnés sont donc, pour ce qui est du lieu de leur séjour dans l’autre monde, tiraillés entre deux désirs : s’occuper et ne jamais rencontrer ces gens rayonnants du paradis dont l’humilité les enragent. Pour éviter toute rencontre malencontreuse, où pourront se réfugier les damnés ? Quels recoins secrets chercheront-ils pour ne jamais être confrontés à ce qui les met en rage ? Certains théologiens de jadis pensaient au cœur enflammé et ténébreux des astres. Ce n’est pas du tout absurde.

Si la psychologie des damnés les amène à cette extrémité, alors c’est la lettre même des Évangiles, au sens le plus matériel, qui sera réalisée. « La Bête fut capturée, avec le faux prophète - celui qui accomplit au service de la Bête des prodiges par lesquels il fourvoyait les gens ayant reçu la marque de la Bête et les adorateurs de son image, - on les jeta tous deux, vivants, dans l’étang de feu, de soufre embrasé. » Ils vivront dans un étang matériel de feu. « Car je vous le dis, en vérité: avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. »[32]

 

Qui va en enfer?[33]

 

Y a-t-il beaucoup d’âmes en enfer? Toutes les opinions ont été soutenues. Certains affirment sans ambiguïté que ceux qui se damnent sont la majorité, selon cette parole de Jésus: «Il est large le chemin qui mène à la perdition et ils sont nombreux à s’y engager. Mais il est étroit le chemin qui mène au salut et bien peu l’empruntent[34].» Il est vrai que l’expérience de tous les jours semble la confirmer: parmi les chrétiens eux-mêmes, combien ont réellement découvert l’existence de la prière, condition impérative à l’existence d’une véritable Vie divine? Mais il est excessif d’affirmer que tous ceux qui ne sont pas encore nés à cette vie ou l’ont oubliée sont damnés pour l’éternité. Une chose est de s’engager sur la voie de la perdition, autre chose est d’y demeurer obstinément à l’heure de sa mort. D’autres au contraire affirment que nul ne va en enfer, que les démons eux­-mêmes seront sauvés un jour car Dieu est amour. Cette opinion se trompe de perspective. Ce n’est pas Dieu qui veut l’enfer mais c’est l’homme et le démon qui le créent et s’y enferment. Quand bien même Dieu s’obstinerait à proposer aux damnés son pardon en les poursuivant jusqu’au fond de leur égoïsme, il n’obtiendrait que du mépris. Cette poursuite serait inutile et source pour eux de souffrance supplémentaire car c’est justement le fait que Dieu est amour qui les ronge.

Il semblerait que la vérité soit plutôt ici. Si l’on observe les hommes, on s’aperçoit que parmi les chrétiens comme parmi les autres, très peu ont choisi de vivre de la recherche exclusive du bonheur des autres (que cet autre soit Dieu ou le prochain). Les êtres dotés d’une telle bonté et humilité sont rares. De même, très peu d’hommes sont capables d’une recherche exclusi­ve de ce que leur suggère l’égoïsme. Il existe sans doute parmi les croyants comme parmi les athées, des êtres au cœur définitivement durci mais la majorité, l’immense majorité ne vit dans l’égoïsme que par ignorance des projets de Dieu selon cette parole de saint Paul[35]: «Mangeons et buvons car demain, nous mourrons.” D’autres sont entraînés par la faiblesse de leur nature et deviennent esclaves de ce qu’ils croient être nécessaire au bonheur, plaisirs, honneurs, pouvoir. Chaque âme humaine se réalise autour d’intentions sans cesse modifiées par la vie. La plupart d’entre nous passe d’un égoïsme attentif aux autres à une attention aux autres mêlée de recherche de soi. En définitive, nous sommes tièdes.

En conclusion, on peut dire que bien peu d’hommes vont en enfer car le blasphème contre l’Esprit Saint implique un orgueil bien difficile à conserver au terme d’une vie terrestre et devant l’apparition glorieuse de Jésus. Bien peu d’hommes vont directement au paradis, car la toute petitesse est rare. Curieusement pourtant, elle est plus fréquente chez les pécheurs écrasés par la vie que chez les croyants trop sûrs de leur perfection: “ Les prostituées et les pécheurs nous devancent dans le Royaume des Cieux.” En effet, l’humilité, même si elle trouve son origine dans l’humiliation et non dans la fréquentation de Jésus, dispose au salut. Il en est de même de toutes les formes de bonté, qu’elle soit purement philanthro­pique, bouddhique, musulmane ou marxiste, car selon la parole de Jésus[36]: «Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait.” Au paradis, nous verrons des prostituées comblées d’une gloire immense et des théologiens de l’Église devenus tout petits pour s’être trop préoccupés de bavardages. Jésus seul peut nous sauver mais il n’élève que les humbles.

 

Quant à la grande majorité des hommes, elle est sauvée mais après un temps de purification. La plupart d’entre nous apprendra au purgatoire à aimer avec limpidité, sans retour sur soi. Toutes nos oeuvres qui n’auront pas été bâties avec l’or de la charité mais par le bois et la paille du péché seront purifiées.


NOTES

[1] Au cours de ses 2000 ans d’histoire, l’Église a beaucoup parlé de l’enfer. Le Magistère le fait à sa manière, c’est-à-dire avec précision et rigueur. Mais aussi avec une effrayante sécheresse. Ses textes n’ont pas de chair car l’Église laisse aux théologiens le soin d’en mettre. Le rôle du Magistère de Pierre est juste d’indiquer par des bornes là où est le vrai et le faux. A la fin de ce chapitre, il est probable que toute tension aura disparu. Voici, telles que la rapporte le Dentzinger (recueil des dogmes), la foi de l’Église concernant l’enfer: 1. L’enfer existe. 2. Des anges ont choisi de se damner (l’Église ne s’est jamais prononcée par la voix de Pierre sur le choix individuel de tel ou tel homme. Mais la reconnaissance par l’Église d’apparitions et de révélations privées indique avec une grande sûreté -qui n’est cependant pas celle de la foi au sens théologal du terme-, que certains humains choisissent de se damner). 3. L’enfer est éternel. 4. aucun damné, jamais, ne demandera pardon. 5. Il est donc inutile de prier pour les damnés. 6. Il existe des peines en enfer, dont le feu et le ver; 7. Mais la plus grande peine de l’enfer est le dam, c’est-à-dire la séparation d’avec Dieu.

[2] Luc 12, 4.

[3] Genèse 2, 9.

[4] Genèse 2, 17.

[5] Matthieu 12, 31.

[6] Les miracles se distinguent des prodiges (cause psychologique, scientifique, angélique). Le prodige ne s’oppose pas aux lois de la nature. Cependant, le prodige peut aussi conduire à la foi. Exemple de prodiges: rêve prémonitoire, phénomène paranormal comme la lévitation, la télépathie. Le miracle, à la différence du prodige, ne peut être attribué qu’à Dieu seul. Il implique d’aller contre nature, contre toute loi naturelle. Parfois, il implique une puissance infinie, comme dans une guérison instantanée. Exemples de miracles: La résurrection de Lazare (Jean 11. dont le corps est déjà décomposé; la guérison de Jeanne Frétel à Lourdes; les prophéties de sainte Odile (qui est une sainte canonisée. Elle a donc un certain niveau d’autorité dans ses écrits), de Fatima etc.

[7] Jean 12, 10: «Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient et croyaient en Jésus.»

[8] 1 Corinthiens 2, 8.

[9] Le fait que seul un blasphème contre l’Esprit Saint conduit en enfer, cela fait partie de la foi la plus sûre de l’Église. Mais la description de ces six péchés contre l’esprit vient des grands théologiens. Saint Thomas d’Aquin les a repris à saint Augustin. Il n’y a rien à ajouter. 700 ans plus tard, je n’en ai pas trouvé d’autres.

[10] Somme Théologique, IIa IIae, Question 14, article 2.

[11] On ira jusqu’à vérifier sa virginité. Une sorcière ne peut, paraît-il, jamais être jeune fille.

[12] …en ce sens que le damnés règne sur lui-même, fait ce qui lui plait, ne dépend de personne. Mais à quoi sert un tel pouvoir face à d’autres orgueilleux se tenant dans la même fierté arrogante, face à la rumination solitaire ? Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ?

[13] Un évêque en partance pour la Russie s’arrêta à Nuremberg lors d’une fête nazie. Il assista à un discours d’Hitler. Celui-ci fixa ses yeux sur lui. L’évêque témoignait, des années après, du malaise qu’il avait gardé, ayant l’impression d’avoir été démasqué malgré ses habits civils. Il fut convaincu toute sa vie qu’Hitler avait pactisé avec le démon. Si cela est vrai, le péché d’Hitler devient beaucoup plus lucide.

[14] Ce terme est précis. Le pardon est proposé. Il n’est pas donné car il est aberrant de pardonner tant que la contrition n’est pas là. L’amour n’est pas une vertu molle mais emplie de la droiture de la vérité.

[15] En classe, un enfant racontait à sa maîtresse la plus grande souffrance de sa vie. Cette histoire peut illustrer ce qu’est le Jour du Seigneur, le Jour de la vengeance. Il avait brisé volontairement lors d’une scène avec sa mère un petit objet auquel elle tenait beaucoup. Loin de crier après lui et de l’envoyer au lit, elle se mit simplement à pleurer. L’enfant aurait tellement préféré qu’elle le gronde. Il en est de même à l’heure de la mort, même pour Hitler.

[16] Marthe Robin (qui n’est pas encore une sainte canonisée. De ce fait, ses écrits sont cités à titre de témoignage) vivait ce doute sur Hitler et invitait à prier pour lui « au cas où… »

[17] Matthieu 8, 12.

[18] Jean 12, 5.

[19] Jean 13, 26.

[20] Matthieu 26, 24.

[21] Ainsi, à l’heure de la mort, bien des suicidés attei­gnent en un instant face à Jésus un degré de charité impressionnant, selon cette parole de l’Évangile à propos d’une femme pécheresse: « Parce qu’elle a été beaucoup pardonnée, elle a beaucoup aimé ». Comment pourrait-il en être autrement pour des êtres qui ne se sont en fait donnés la mort que par manque d’un amour capable de remplir leur vie? Une fois purifiée, leur charité leur obtient un poids de gloire plus grand que celui de bien des chrétiens vertueux mais peu assoiffés: «Les prostituées et les pécheurs vous devancent dans le Royaume des Cieux”, dit Jésus à des prêtres. Il ne s’agit pas de nier que le suicide constitue un péché. Certes, le suicide par désespoir est un acte grave, non seulement à cause de ceux qui restent sur la terre, les parents, les amis, mais aussi du raccourcissement de l’apprentissage terrestre voulu par Dieu. Il implique la plupart du temps un manque d’attention (bien pardonnable tant la souffrance est grande) à ceux qui restent sur terre et, si la personne est croyante, à l’idée qu’elle ne peut manquer de se faire du mystère de Dieu. Mais il n’est pratiquement jamais un blasphème contre l’Esprit, comme tout acte empreint de souffrance et d’ignorance.

[22] Le Magistère l’Église a confirmé très souvent les paroles explicites de Jésus concernant les peines de l’enfer: le dam, qui est là peine la plus importante: « Le Seigneur dira aux méchants, lors du jugement de leur âme: Allez loin de moi, maudits.»; Le feu: le psalmiste 17 écrit: «le feu et le souffre, et le souffle des tempêtes seront la part de leur calice » et Job 24, 19 continue: «de l’eau des neiges, il passe à l’extrême chaleur.» C’est pourquoi l’Église a défini par la voix de Benoît XII le dogme suivant: «Nous définissons que, selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent aussitôt après leur mort en enfer, où elles sont tourmentées des peines infernales.» Mais jamais l’Église ne s’est étendue avec une grande précision sur la nature du feu. A-t-il un rapport avec un feu matériel, sensible? Une décision de la Sacrée Pénitencerie (1890). interdit de donner l’absolution à qui ne verrait dans le feu de l’enfer qu’une métaphore désignant les peines intenses des damnés. Cette décision, de caractère disciplinaire, se fonde sur l’enseignement commun des théologiens. Elle laisse une certaine liberté. Au cours de cette partie, nous verrons comment, même dans ce point, l’Église a raison et est protégée de l’erreur.

[23] Job 1, 6.

[24] Matthieu 5, 22 et des dizaines d’autres références au feu qui ne s’arrête pas.

[25] C’est un « habitus entitatif », dirait saint Thomas d’Aquin, à savoir une propriété du tréfonds même de notre être, qui rayonne d’abord dans l’esprit (intelligence et volonté), puis dans le psychisme et le corps.

[26] On allume la télévision à peine arrivé chez soi pour “ ne pas penser ”, pour ne pas ressentir cette angoisse indéfinissable de quelque chose qui manque.

[27] Feuerbach fait de cette propriété de l’âme humaine la preuve que les religions sont de simples inventions de notre nature tordue. Son argument pourrait prouver l’inverse. Nous sommes créés pour voir Dieu d’où ce vide infini…

[28] Marc 9, 48.

[29] Luc 13, 28.

[30] Luc 8, 26-38.

[31] Apocalypse 19, 20.

[32] Matthieu 5, 18.

[33] Cette recherche n’engage que moi. A chacun de la faire pour son propre compte, à force d’observation de la nature humaine. A la Salette, la Vierge dit aux enfants: « beaucoup se damnent. » Mais dans sa bouche, que veut dire beaucoup? Peut-être un seul homme…

[34] Matthieu 7, 13.

[35] 1 Corinthiens 15, 32.

[36] Matthieu 25, 40.

 

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