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TROIS JOURS POUR SAUVER L’HOMME

Au commencement, la vie terrestre sans la souffrance

La souffrance est entrée dans le monde

Les orgueilleux, Les justes, Les saints

 

 

CRUCIFIXION. Le Christ n'est pas seul...

Le Golgotha, c’est le monde. Les trois crucifiés représentent tous les hommes et Dieu qui les sauve par la souffrance. Qu’ils soient pervers, justes ou saints, tous les hommes sont crucifiés sur la terre, tôt ou tard, afin de mourir à eux-mêmes et d’être sauvés.

 

Au commencement, la vie terrestre sans la souffrance

(Chose certaine)

Au commencement de l’humanité, il n’y avait ni souffrance ni mort. Tout était utile pour préparer chacun à devenir humble, sauf la croix. Le projet de Dieu consistait à faire mûrir le cœur des hommes et des femmes à travers une vie terrestre sans souffrance. La seule épreuve devait être celle de la fidélité au cours d’un temps passé ici-bas. Dieu créa Adam et Ève, le premier couple et leur donna ce seul commandement: «Aimez-moi, aimez-vous et aimez vos enfants. Faites tout ce que vous voulez mais placez l’amour comme source de tous vos actes. » Au bout d’un certain temps, Dieu avait prévu de venir les happer, les “assompter” dans la Vision. Il le fera plus tard à la Vierge Marie, celle qui ne trahit jamais son amour. Mais Adam et Ève trouvèrent cette fidélité bien peu excitante. Elle ne leur permettait pas la seule chose qui finalement rend la vie piquante: « décider soi-même ce qui est bien et mal; vivre sans directives, être son propre maître. » Adam et Ève préférèrent vivre dans une totale liberté, quitte à ne plus se soucier de l’amour. Ils se détachèrent de leur Créateur. C’est le péché originel, celui qui tua l’humilité et l’amour.

L’orgueil d’Adam et Ève était orienté vers l’amour égoïste. Il avait le pouvoir, s’ils s’obstinaient à le garder, de les conduire à la solitude éternelle. D’autre part, leur péché était encore si peu obstiné qu’ils pouvaient être amenés à y renoncer. Alors Dieu agit pour les sauver. Il en prit les moyens. Pour cela il leur fit expérimenter leur petitesse, en les livrant à eux-mêmes. Il s’effaça. Il demanda aux anges de rendre leur protection discrète.

Toute l’histoire de l’humanité dans son rapport avec Dieu peut finalement se résumer en trois phases, “ trois jours ”, dirait la Bible ou encore “ trois croix ”, comme l’illustre le Golgotha. Elles se retrouvent dans chacune des vies humaines, même aujourd’hui, car Dieu ne cesse d’agir pour sauver. Mais elles constituent aussi d’une manière gran­diose, l’Histoire Sainte que rapporte la Bible.

La souffrance est entrée dans le monde

(Chose certaine)

Le plan de Dieu consistait à sauver l’homme à travers l’expérience de la souffrance.

Lorsque l’homme se mit à pécher, la souffrance elle-même devint utile: qu’on le veuille ou non, elle peut conduire les hommes à découvrir leur petitesse. Et la petitesse est une disposition à l’amour...[1] Dieu ne changea pas après le péché de l’homme. Tout passe, les royaumes s’effondrent, mais Dieu est. Il était toujours là, présent dans le silence et tout ce qu’il voulait, comme toujours, c’était conduire chaque homme à la gloire et qu’aucun ne se perde. Rappelons-le, il n’y a pas d’autre motif qui puisse expliquer le monde. C’est là la clef qui permet d’ouvrir les mystères scellés du sens de la vie. Tout ce que subissaient les hommes, tous ces maux que l’Apocalypse décrit sous l’image des sept mystères scellés[2], tout cela était permis et voulu par Dieu pour que tous soient sauvés. Mais personne, depuis le premier péché, ne le savait plus: les sages, les savants, nul sur la terre ne pouvait expliquer cette misère. Il fallut que Dieu lui-même vienne l’enseigner de nouveau sur terre pour que les hommes comprennent.

Les orgueilleux 

1- Dans un premier temps, Dieu laissa l’homme devenu égoïste vivre comme il le désirait, goûter jusqu’au bout les fruits séduisants de l’arbre de l’orgueil. Il le laissa en récolter la solitude, les souffrances, la vie insensée et la mort. Lui-même se cacha et n’expliqua plus son but aux hommes au point qu’ils oublièrent le sens de la vie. Ils tendirent les bras vers le ciel vide. Ils se créèrent de multiples dieux imaginaires plutôt que de rester seuls. Ayant touché le fond de la misère, humilié, l’homme se mit à désirer de tout son être un Sauveur. Ainsi, à travers cette souffrance, les plus orgueilleux parmi les hommes furent disposés à comprendre un début d’humilité et un besoin d’amour...

Cette première phase est la plus terrible car elle conduit, du fait du silence de Dieu, au désespoir devant la mort. Elle est décrite par la Bible jusqu’à l’heure de la vocation d’Abraham. Elle est symbolisée dans l’Évangile par le “ mauvais larron ” crucifié avec Jésus. Elle est la phase du silence de Dieu, silence efficace contre l’orgueil de l’homme qui meurt.

Les justes 

2- L’homme appela à l’aide. Mais la souffrance sous toutes ses formes ne s’arrêta pas. Il supplia qu’on vienne le sauver. « Y-a-t-il quelqu’un là-haut, qui entend nos prières?[3]» Alors, bien des générations plus tard, Dieu répondit. Il promit un Sauveur à quelques-uns. Mais il ne l’envoya pas tout de suite pour que la soif des hommes s’approfondisse. Orgueilleux, ils devinrent plus humbles et leur âme se mit à désirer la révélation du Dieu dont ils ne connaissaient pas le cœur. Ainsi, insensiblement, à travers ces souffrances, le cœur de l’humanité mûrit vers une humilité plus grande et un plus grand désir d’amour.

Cette deuxième phase fut en particulier vécue par les juifs jusqu’à la venue du Messie Jésus, à partir du jour où leur ancêtre Abraham reçut la promesse d’un salut. Elle est symbolisée dans l’Évangile par le “bon larron”. En effet, les justes subissent les mêmes souffrances au cours de leur vie que les « mauvais». Mais elle provoque un effet plus profond. Le bon larron crucifié à la droite de Jésus lui disait[4]: « souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume. ” Elle est la phase de la foi et de l’espérance.

Les saints[5] 

3- Enfin Dieu les sauva. Il le fit lui-même, par un moyen merveilleux, tel que chacun peut s’écrier: « Vraiment, Dieu nous aimait ! » L’une des personnes de la Trinité se fit homme en Jésus-Christ. Le Messie-Dieu enseigna et voulut mourir de la main de ceux qu’il sauvait, afin que les plus orgueilleux parmi les hommes ne puissent plus douter de son amour. C’est la phase de l’amour de nouveau révélé, celle qui a commencé depuis deux mille ans. Mais Dieu ne supprima pas pour autant les souffrances de la vie, ni son silence. Le chrétien meurt comme le païen. C’est que, à travers ses souffrances, il lui fut possible de transformer sa croix en plus d’humilité et d’amour, en une humilité et un amour conscients de ce qui les finalise. Le croyant chrétien peut le faire avec plus d’intensité car il sait où il va et ce qu’il fait sur terre.

Cette partie de l’humanité (et de notre cœur) est symbolisée au Golgotha par le Christ lui-même. L’Église terrestre, qui est sensée le suivre dans la même lumière, est comme son corps resté sur la terre.

 

Bien des hommes contemporains vivent des première et deuxième phases, selon la profondeur de la révélation religieuse reçue. En effet, tant qu’il demeure en nous de l’orgueil, Dieu agit avec nous selon l’ordre de la première phase. Il laisse la vie nous humilier pour que nous devenions humbles. Lorsque nous devenons conscients de notre état de misère, déjà éprouvés par la souffrance, il ne supprime pas la croix et la laisse même nous atteindre jusqu’à la mort. Dieu agit alors avec nous selon l’ordre de la seconde phase. Déjà humble, il veut que nous espérions être sauvés. Désirer être sauvé est déjà contradictoire avec l’orgueil. Il arrive alors qu’il révèle son amour à certains et leur donne, avec la charité, l’explication du sens de leur croix. Mais il ne nous emmène jamais tout de suite avec lui dans le paradis céleste. Il nous laisse achever notre vie terrestre avec nos compagnons pour que, souffrant avec eux, nous puissions aimer jusque dans cette souffrance. C’est la troisième phase, celle de l’Alliance d’amour réalisée par Jésus-Christ, celle où la mort sert à mieux aimer Dieu et ses frères. Dans chacun des cas, celui qui sait regarder avec le regard de Dieu, comprend que tout cela est en vue de la vie éternelle, du bonheur qui n’a pas de fin, la rencontre face à face avec Dieu.

Le fait que l’humilité et l’amour[6] soient les qualités essentielles de Dieu permet de comprendre beaucoup d’actions scandaleuses de Dieu, en particulier son apparent abandon des hommes sur la terre. En théologie chrétienne, il est même possible de dire que, aujourd’hui et là où ils sont, les enfants tués, les vies humaines détruites ne regrettent pas d’être passées par une telle souffrance. Le prophète Isaïe dit[7]: « On oubliera les angoisses anciennes, elles auront disparu de mes yeux. Car voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit. » L’apocalypse ajoute qu’on se réjouira de l’action de Dieu « car il aura lavé nos vêtements dans le sang de Jésus »[8]. Autant ils avaient souffert, autant ils se sont jetés avec force dans les bras de Dieu, obtenant en retour la Vision béatifique à la mesure de tous leurs désirs.

 

 

La souffrance est donc un mal mais son effet peut être un bien, affirme Jean-Paul II[9].

La souffrance, même quand elle n’est pas acceptée, creuse le cœur dans le sens de l’humilité (je ne suis rien) et du désir (désespéré parfois) d’un amour qui sauve.

 

 

Après avoir rappelé ces prémisses, il est possible d’aborder comment se produit la deuxième phase de la purification du cœur, l’heure de la mort.


NOTES

[1] Ces quelques phrases résument la théologie de la souffrance. Présentées autrement, on pourrait dire : « La souffrance est un mal. Ce n’est pas elle qui est recherchée mais son effet qui peut être un bien, l’humilité. L’humilité est la première disposition à ce que Dieu attend de l’homme, l’amour vrai, l’amour qui se sacrifie car il met l’autre en premier. »

[2] Apocalypse 5, 1.

[3] Extrait de « Starmania », Michel Berger. Cette sagesse de Dieu sur les hommes de bonne volonté n’a pas disparu aujourd’hui. Il existe des justes au sens biblique du terme, des hommes droits qui n’ont pas reçu la grâce de la foi.

[4] Luc 23, 42.

[5] Non au sens des « parfaits » mais de ceux qui ont reçu la grâce de savoir ce qu’ils font sur terre. C’est en ce sens que l’Église terrestre est sainte.

[6] Il faut le redire : D’autres vertus sont importantes: la confiance, la vérité etc. Mais, d’une manière ou d’une autre, elles sont résumées dans ces deux là.

[7] Isaïe 65, 17.

[8] Apocalypse 7, 14.

[9] Le sens chrétien de la souffrance humaine, 11 février 1984, « Salvifici Doloris ».

 

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