Cette année, le 14 avril tombe un vendredi. Le Vendredi Saint.

 

 

Trente ans auparavant, le 14 avril 1976 (je ne sais plus si c’était aussi un vendredi…), un événement important, un événement grave et irréversible s’est produit dans ma vie, et surtout dans la vie d’un ou d’une Autre, que je portais en moi depuis quelques semaines : j’ai accepté de laisser mettre fin à sa vie, à Lui ou à Elle.

En ce mois d’avril 2006, Il ou Elle s’apprêterait à fêter dans quelques mois son trentième anniversaire.

Lorsque cet événement s’est produit, il y a presque trente ans jour pour jour, je n’avais pas encore 17 ans et je savais que j’acceptais quelque chose de grave. Mais la loi, toute fraîche votée, sur l’avortement (IVG, en termes pudiques et hypocrites), le milieu médical consentant, m’ont conduit à ne pas regarder en face le cas de conscience qui se posait à moi. C’était tellement plus facile !

C’est treize années plus tard, à la naissance de mon premier enfant vivant, que cette question s’est imposée à moi : « en quoi ce nourrisson  auquel je tiens tant aujourd’hui est-il plus digne d’amour que celui éjecté de ma chair quelques années plus tôt ? »

Pendant quelques mois, cette interrogation a fini par devenir obsédante car les réponses qui m’étaient proposées par les « médias » dans l’air du temps ne me satisfaisaient pas. Je me suis demandé si je n’étais pas en train de devenir folle, puisque j’avais l’impression d’être la seule à me poser cette question, qui semblait enterrée une fois pour toutes. Et puis, je me suis rappelé qu’une voix au moins s’élevait parfois pour tenir le discours que j’attendais ; c’était celle de l’Eglise. Je me suis alors demandé si je n’étais pas un peu en train de devenir chrétienne et, à ma grande surprise, j’ai découvert que oui !

Ce fut pour moi une grande, une immense libération, car rien n’est plus libérateur que la vérité. Ce fut pour moi une grande joie car, au moment où je prenais conscience de mon péché, j’étais en même temps enveloppée, enlevée par un immense élan d’amour.

Depuis, j’ai fait mon petit bonhomme de chemin dans l’approfondissement de la foi, et il me reste encore beaucoup à faire.

Cette année, je vais essayer de vivre le carême comme un vrai temps de pénitence, en offrant de tout mon cœur au Seigneur mes tout petits sacrifices.

Et pour me fortifier dans la persévérance de cette offrande, je penserai à tous les petits  et tous les grands bonheur de l’existence dont a été privé cet autre qui n’a pas eu le temps de vivre. Sans aucune culpabilité, mais avec beaucoup d’amour et de confiance pour Celui qui sait toujours tirer le bien de notre mal.

 

Pourquoi ce témoignage ? La date de ce trentième « anniversaire » m’a semblé un signe, un appel à témoignage.

J’aimerais que ceux qui ont eu la patience de me lire en retiennent ce message : N’AYONS PAS PEUR de dire la vérité, même quand elle est à contre-courant, même quand elle est dure à entendre, et donc rejetée avec force. Le moment venu, les paroles de vérité portent du fruit, un fruit d’amour, même s’il est enfanté dans la douleur…